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Éditorial
A BEAU MENTIR QUI VIENT DE LOIN :
QUAND UN PROCUREUR DIFFAME
Il n’y a rien à dire : le langage
spontané des corps est souvent plus parlant que tous les
discours de rationalisation a posteriori. Il
suffisait, pour s’en rendre compte, de juste prêter
attention à la façon dont se tenaient les différents
acteurs de la conférence de presse, généreusement
retransmise par la RTD, qui s’est déroulée à Paris dans le
cadre des derniers développements de l’affaire Borrel.
N’insistons pas sur la posture débonnaire des journalistes
français au moins dubitatifs et intéressons-nous aux
organisateurs, professionnels de la parole légale, ce qui
ne veut dire ni juste ni légitime, dont l’aisance par
rapport à cet exercice de séduction variait en fonction
d’un certain nombre de données sociologiques, sinon
ethnologiques. Ainsi, tandis qu’un des deux avocats
français témoignait une aisance (et une suffisance)
qu’autorise plus la distance géographique que la maîtrise
technique du dossier, l’autre était vraiment dans ses
petits souliers, visiblement mal à l’aise et n’ayant
pratiquement pas évoqué ce qui était censé justifier sa
présence, à savoir l’attentat du Café de Paris de
septembre 1990, quoique l’on apprit au passage qu’il avait
accusé certains magistrats djiboutiens de corruption.
Pour sa part, le magistrat djiboutien
chargé de vendre la version de son commanditaire,
tranchait par son extrême fébrilité. Nerveux à tel point
qu’il en était maladivement sur la défensive, son aisance
approximative avec le français parlé (n’ayant pas grandi
dans un tel environnement culturel) ne jouant pas en sa
faveur. Si son micro a quelque peu souffert de l’amplitude
(au sens thermique) de sa voix, ses auditeurs djiboutiens
n’ont pas eu à beaucoup tendre leurs oreilles pour se
rendre compte que le Procureur était manifestement en
train de mentir et de diffamer.
Nul n’insistera sur le fait qu’Alhoumékani
et son compère Iftin soient aujourd’hui présentés comme
d’anciens tortionnaires : aux ordres de qui
torturaient-ils alors ? Nul ne prendra non plus ce
magistrat au sérieux lorsqu’il prétend qu’Alhoumékani
avait toujours été protégé par le Général Fathi : il
faudrait se demander si ledit Fathi avait réellement ce
pouvoir et de quelle protection se sentait-il assuré pour
mettre en danger la vie du Président de la République et
de son Chef de Cabinet en maintenant dans leur garde
rapprochée un individu aussi peu sûr ?
Mais aucun concitoyen ne peut accepter
que le Procureur djiboutien essaie de salir quelqu’un dont
il n’arrive même pas à la cheville : il faut avoir très
peu de respect à l’égard de l’identité djiboutienne (ou en
avoir une idée venue d’ailleurs) pour oser prétendre que
l’affaire Borrel est une pure invention de M. Dini. Selon
le Procureur (qui s’en est d’ailleurs emmêlé les pédales
en affirmant une fois que Djibouti est un pays pacifique
et pacifié, et se rétractant une autre fois en insistant
sur le fait que l’invention de cette affaire Borrel
s’expliquait par le conflit civil que traversait alors
Djibouti), M. Dini aurait beaucoup écrit, plaidant pour
que M. Alhoumékani, détenteur de lourds secrets d’Etat
relatifs à l’assassinat du juge français, obtienne le
statut de réfugié politique.
Et ceci est une honteuse diffamation,
dont seul est capable un magistrat pour lequel défendre un
régime est plus important que de défendre la loi. En
attendant que l’ARD dépose officiellement plainte contre
lui (par principe, pour montrer toutes les limites d’une
Justice dont le Procureur de la République viole aussi
facilement une loi qu’il est censé appliquer), nous le
mettons au défi non seulement de produire le moindre
document signé de M. Dini en faveur de M. Alhoumékani
(c’est en fait un autre responsable habilité à engager le
FRUD qui en est l’auteur), mais surtout d’indiquer la
moindre ligne dans ce document faisant allusion à la mort
de M. Borrel. Pour le FRUD, il s’agissait juste d’aider un
concitoyen s’estimant en danger à pouvoir s’installer en
Europe. Crainte qui, connaissant la nature profondément
répressive du régime djiboutien, ne pouvait être prise à
la légère, avec ou sans affaire Borrel : même aujourd’hui
et par ricochet, personne n’osera sérieusement prétendre
que la famille d’Alhoumékani restée à Djibouti vit en
toute quiétude.
Le renversement des rôles est tout
simplement extraordinaire dans cette affaire : un
procureur devant normalement instruire se transforme en
avocat plaidant maladroitement pour l’innocence du
Président de son Conseil Supérieur de la Magistrature ; un
avocat étranger s’autorisant à instruire en déclarant que
la Justice djiboutienne pourrait diligenter une nouvelle
instruction. De quoi se mêle-t-il ? La fâcheuse impression
qui se dégage de la complaisance française et de
l’arrogance djiboutienne, c’est qu’il y a comme un renvoi
d’ascenseur… pour l’échafaud ?
Brèves nationales
Les Pitres (riz) du « Progrès » :
Qui sème le vent récolte… le Khamsin
Ayant adopté un honteux profil bas
pendant toute la période où « Réalité » révélait le
scandale du riz indien détourné par l’administration
présidentielle, voilà que le malheureux pamphlet du Rpp
gonfle ses poumons (mais non ses ventes) en raillant dans
son dernier numéro la lettre ouverte à la Présidente de l’UNFD
publiée dans notre numéro 95. Prenant son cas pour des
généralités, ce confrère fatigué nous accuse d’avoir
fabriqué ce document au nom d’une association fantôme,
l’Union de la Jeunesse d’Arhiba en l’occurrence.
L’UJA n’est effectivement pas une
association-maison vivant des prébendes, c’est un
regroupement de jeunes désœuvrés révoltés par la pauvreté
et la prédation vécues dans leur quartier. Nous les
connaissons et avons soigneusement gardé leur manuscrit
signé. Nous aurions pu recueillir leur témoignage et en
faire un article sur le détournement de l’aide humanitaire
octroyée à Arhiba.
Nous avons respecté leur choix en
publiant leur lettre ouverte. Rappelons que dans cette
lettre ouverte ces jeunes demandent à rencontrer la
Présidente de l’UNFD afin de lui exposer de vive voix la
dure réalité de leur quartier géré par des prédateurs
proches du pouvoir. Si la première dame est disposée à les
recevoir dans un de ses multiples bureaux feutrés, elle
verra bien que ces mécontents regroupés sous le sigle UJA
existent bel et bien. Le griot dénommé « Le Progrès
» s’est donc ridiculisé en nous imputant un texte plutôt
amical envers l’UNFD. Surtout que la Présidente de l’UNFD
et son illustre époux savent mieux que quiconque que la
rédaction de « Réalité » n’a jamais été tendre à leur
égard.
Saluons tout de même au passage les
prouesses intellectuelles de l’écrivaillon qui s’est fendu
de l’article accusant « Réalité » de fabriquer des faux :
Il aura réussi à noircir toute une page sans démentir une
seule fois ce qui faisait l’objet de la Lettre Ouverte :
l’aide humanitaire fourni aux sinistrés d’Arhiba a été
détourné, comme tant d’autres.
A propos : où était ce génial rédacteur
quand « Réalité » avait publié des documents prouvant le
détournement du riz indien ? Il se cachait : eh bien qu’il
s’abrite du Khamsin maintenant !
Forum sur les droits de l’Homme :
En l’absence des vrais défenseurs
On peut reconnaître une grande qualité
au Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme,
celle de la persévérance. Alors que l’Union pour
l’Alternance Démocratique lui avait notifié solennellement
les raisons de son refus de participer au Forum sur les
Droits de l’Homme.
Notre philosophe peut-être disciple de
Zénon a quand même envoyé des cartons d’invitation sans
même apporter un début de réponse aux griefs soulevés par
l’UAD. Libre à lui dans la logique de ce régime d’esbroufe
d’organiser une concertation médiatique avec les
associations-maisons et autres acteurs complaisants.
Nous lui rappellerons pour notre part
qu’après son arrivée à la tête du Ministère de la Justice,
il y a de cela 3 ans, le Tribunal du Contentieux
Administratif n’a toujours pas siégé une seule fois. Sans
justice indépendante comment peut-on parler d’Etat de
Droit, tout comme il est ridicule de parler d’État de
Droit dans un pays où les citoyens sont démunis devant le
pouvoir de tous les abus ?
Ali-Sabieh /Il-Jano :
Disponible en piscine mais pas en
bouteille.
Trois mois après la pompeuse et
folklorique inauguration de l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh,
les Djiboutiens s’étonnent toujours de l’absence de « la
source du paradis » sur le marché. Aux dernières
nouvelles, cette eau serait maintenant disponible dans une
piscine géante construite près de l’usine. Les jeunes
Assajog qui voient leurs robinets à sec plusieurs fois par
semaine viennent donc se baigner dans cette piscine
miraculeuse mais dont la qualité de l’eau rarement changée
est plus que douteuse. Piètre performance de ce régime de
mauvaise gouvernance synonyme à la fois de pénurie et de
gâchis.
Interview présidentielle à «Jeune
Afrique» :
Le citoyen président a-t-il revu sa
copie ?
Dans la deuxième partie de l’interview
fleuve accordée à « Jeune Afrique », le chef de l’Etat qui
n’est pas à une volte-face près revient sur le cas Aden
Robleh Awaleh.
Le journaliste n’a pas manqué de lui
rappeler sa précédente bourde, en le questionnant ainsi:
«lors de notre précédent entretien, vous avez évoqué le
nom de l’ex-opposant Aden Robleh Awaleh parmi les
commanditaires présumés de l’attentat de 1990 contre le «
Café de Paris ». Or, Robleh travaille actuellement à vos
côtés. N’est-ce pas gênant ?».
Apparemment sans gêne,le Premier
Magistrat Djiboutien, répond en se rétractant: « je ne
mets pas en cause spécifiquement Aden Robleh dans cette
affaire, mais un groupe de djiboutiens basés à l’époque à
Addis-Abeba.
Je ne suis pas Juge, je n’ai jamais
jeté l’anathème sur personne. Pour le reste je suis
quelqu’un d’ouvert : tous les hommes de bonne volonté sont
les bienvenus à mes côtés, dont M. Robleh ».
Sidérant, n’est-ce pas ? Nous
analyserons plus longuement cette surréaliste interview
présidentielle dans notre prochaine édition.
Taxis Djiboutiens :
Volant à gauche, s’abstenir.
Depuis quelques années l’importation de
véhicule bon marché en provenance des pays du Golfe est en
nette progression.
Si certains particuliers nantis
prennent bien soin de faire modifier sur place le volant
normalement à gauche de leur véhicule privé, ils sont
nombreux les Djiboutiens ayant importé des véhicules
disposant des volants à gauche.
C’est ainsi que se sont retrouvés sur
le marché djiboutien des dizaines de véhicule de marque
japonaise avec un volant à gauche et servant comme taxi,
légalement importés et immatriculés.
Les propriétaires de ces automobiles
sont également munis des autorisations en bonne et due
forme régulièrement délivrées par les autorités
compétentes afin d’exercer le métier de taxi. Revirement
des pouvoirs publics : depuis quelques mois une décision
interdit l’importation de ce genre de véhicule pour des
impératifs sécuritaires. Aussi plusieurs dizaines de taxis
encore en circulation ont donc été dernièrement retirés de
la circulation.
Confisqués à leurs propriétaires et
entreposés dans la zone franche. Il est demandé paraît-il
aux propriétaires de ces véhicules d’effectuer dans les
meilleurs délais des travaux de modification (volant de
gauche à droite). S’ils veulent continuer à exercer leur
métier. Le comble pour ces chauffeurs c’est le prix de la
modification de volant de leurs véhicules : 200.000 FD à
payer à un garagiste devenu miraculeusement spécialiste
pour ce genre de travaux. Proche du régime, ce dernier est
assuré d’engranger au bas mot 30.000.000 FD sur le parc
automobile à modifier. Les chauffeurs de taxi rappellent
de leur côté que leur revenu mensuel n’excède pas 100.000
FD. Dans ces conditions, que faire?
Des dizaines de familles djiboutiennes
vivant de ce métier de transport se retrouvent privés de
revenus à cause des volte-face d’une administration
permissive et pernicieuse ?
La balle est désormais dans le camp de
l’homme providentiel en campagne pour sa réélection ;
n’est-il après tout le premier bailleur de fonds national
grâce aux fonds inépuisables engrangés par la Présidence?
Meles Zenawi à Djibouti :
Une visite sur fond de suspicions…
Le Premier Ministre Ethiopien Meles Zenawi effectue,
depuis mardi, une courte visite à Djibouti, officiellement
pour y inaugurer les nouveaux locaux de l’Ambassade
Ethiopienne bâtie au Marabout. Cette visite annoncée de
longue date mais sans cesse reportée sera l’occasion de
jauger de l’Etat de nos relations avec ce grand voisin. En
effet, les observateurs s’accordent à dire que les liens
privilégiés que notre pays a entretenu jadis avec notre
puissant voisin ne sont plus ce qu’ils étaient.
Les motifs de désaccord ne manquent pas : le dossier
somalien figure en bonne place, suivi par le contentieux
sur les conditions de l’utilisation du port de Djibouti
par la partie Ethiopienne.
Enfin, dernière pomme de discorde et
non des moindres, la présence supposée sur notre
territoire des mouvements éthiopiens en rébellion ouverte
contre le pouvoir central de ce pays. C’est ce qui
expliquerait peut-être que les éthiopiens peu confiants
dans la vigilance de nos forces de sécurité aient préféré
dépêcher à l’avance des éléments de leurs propres services
de sécurité.
Après cela, le régime djiboutien
fanfaron osera toujours prétendre que nos relations
restent excellentes avec notre partenaire historique.
L’avenir nous le dira…
Coopération en eaux
troubles
(suite et fin)
Nous continuerons cette semaine encore à
interpeller le Gouvernement concernant l’usage qu’il a
fait ou compte faire de la manne financière de 125
millions de US dollars (dont 25 millions de prêt)
mobilisés en 2003 à la faveur de la lutte contre le
terrorisme, toujours à la lumière du rapport d’activités
du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération
et du Budget de l’Etat pour l’exercice 2004.
Le Ministère des Affaires Étrangères et
de la Coopération a effectivement été très actif à en
croire le nombre de visites effectuées à l’étranger par
les Ministres et le Chef de l’État : Éthiopie à trois
reprises, Inde, Iran (trois), Malaisie, Chine (2), Japon
(3) et USA. Mais aussi par le nombre d’accords signés
cette année là et dont l’exécution dépend pour l’essentiel
de Djibouti. Si nous reproduisons ici intégralement le
tableau l’aide bilatérale mobilisée, c’est uniquement aux
seules fins de les confronter à l’épreuve des réalisations
et du vécu des difficultés quotidiennes de nos
concitoyens.
L’opacité délibérément entretenue et
les chiffres contradictoires fournis par les lois adoptées
par l’Assemblée Nationale (budget de l’État, lois
rectificatives…) rendent illisibles les comptes-rendus du
gouvernement comme ils ôtent toute crédibilité à ses
incantations : nous pensons notamment aux fonds débloqués
après les Accords de 1994 pour la réhabilitation de la
ville d’Obock et qui se sont volatilisés. Dix ans plus
tard, toute pudeur digérée, les mêmes dirigeants
sollicitent les mêmes bailleurs de fonds pour la
réhabilitation de la même ville…. Chat échaudé craignant
l’eau froide, il semble que le PNUD ait tenu à cogérer ce
programme. Nous aurons l’occasion de revenir en détail sur
ce sujet , constatons pour l’heure que tant dans sa
conception, sollicitation de l’aide, réalisation (ce
devait l’être de concert parties) que par le montant
affecté (nature et nombre d’habitations à reconstruire,
infrastructures à réhabiliter…), ce programme constitue
une violation des accords du 12 mai 2001.
Le scandale d’une Éducation Nationale à
deux vitesses fera prochainement l’objet d’un article,
nous nous contenterons cette semaine de relever que les
dons mobilisés en 2003 à son intention ne figurent pas
tous dans le budget 2004 de l’Éducation Nationale et
exigeons de savoir l’état d’avancement des travaux
d’aménagement du quartier P.K.12 pour lesquels l’A.F.D a
débloqué 334 millions FD et surtout où en sont les «
construction des écoles et lycées . 216 millions FD
(A.F.D) » et « construction école et collège : 800
millions FD (Japon,JICA) » ??? Pour ce qui est de la
coopération bilatérale pour l’année 2003, il ressort du
tableau ci-dessous reproduit les quelques constatations
suivantes : les troupes des États-unis ont payé 15
millions de US dollars comme bail, tandis que les FFDJ
auraient payé 30 millions d’Euros pour leur stationnement
sur notre territoire c’est-à-dire plus du double. Il est
vrai que d’abord elles sont plus nombreuses que les
troupes US, mais surtout notre arrière pays leur offre
depuis toujours un espace d’entraînement et un champ de
tir à nuls autres pareils.
D’autre part vous observerez comme nous
que l’aide des États-unis est supérieure à l’aide
française, non seulement en volume mais aussi en
pourcentage autre que bail. Elle est enfin plus variée.
Est-ce à dire qu’en joignant le geste à
l’intention, les États-unis accordent au moins autant
sinon plus d’intérêt au développement socio-économique de
notre pays qu’à leur présence militaire dans la région,
que la France ? Les chiffres avancés par le MAEC pour
l’année 2003 semblent le laisser croire. Un survol de la
coopération française en 27 ans d’indépendance accrédite
cette thèse. Cela ne nous étonne guère. En effet, partout
où elle militairement implantée, la politique extérieure
de la France n’est pas dictée par le Quai d’Orsay, Bercy
ou depuis peu par la coopération mais bien par le
Ministère de la Défense. Et ce, quelque que soit le
gouvernement, à la notable exception de l’intermède COT….
Dans le cas de notre pays, le grand reporter M. HONORIN
avait dès le lendemain de l’indépendance (1982) livré les
dessous de cette présence dans un long reportage intitulé
« Djibouti, la République en uniformes ». Jusque
durant le conflit armé, l’essentiel des relations
franco-djiboutiennes a essentiellement consisté en une
coopération militaire qui a parfois relevé de la
connivence et nous sommes, avec un inamovible officier
français coopérant aujourd’hui au Ministère de la
Défense…djiboutienne, les mieux placés pour le savoir.
A moins que sa longue présence à
Djibouti aidant et l’expérience des années 1980 ayant
échaudé plus d’un donateur, la France ne souhaite plus
voir l’argent de son contribuable dilapidé dans des
projets sans lendemain, se contentant en plus du paiement
du bail, d’une coopération technique et du colmatage çà et
là, de quelques brèches. Ce en quoi nous ne saurions la
blâmer.
Toujours est-il que notre pays
demeurera handicapé tant que perdurera l’opacité dans la
gestion des deniers publics .Les Etats-Unis d’Amérique
viennent de rendre publique la liste des pays qui
bénéficieront en priorité du Compte du millénaire.
Djibouti qui, au regard de sa position stratégique pouvait
légitimement espérer en être, n’y figure pas. Les critères
d’admissibilité ne sont pourtant pas draconiens ni
insurmontables : une Justice indépendante, transparence
électorale et budgétaire, économie libérale…
Une Assemblée monocolore depuis
l’indépendance avalisant comme un seul homme lois et
décrets présentés par le gouvernement sa seule
contribution à la vie politique nationale fut un
amendement violant l’accord de paix du 12 mai 2001.
Une Chambre des Comptes et de
Discipline Budgétaire dont aucun compte-rendu ou
suggestion n’est, à ce jour rendu public.
Impunité de la délinquance financière
instituée : le plus officiellement du monde un journaliste
du journal gouvernemental «La Nation » nous expliquait que
la propension des directeurs à se servir des deniers
publics a obligé notre Président à concéder en toute
opacité au Capital privé étranger la gestion des
Etablissements publics à caractère industriel et
commercial…
La violation des Accords de paix, la persistance des
causes qui ont conduit au conflit armé et tous les maux
que nous venons de citer font que non seulement les
financements extérieurs productifs vont inéluctablement se
tarir mais constituent également les germes du
renouvellement, inévitable dans ces conditions, du conflit
civil…

Source: Ministère des Affaires Etrangères et de la
Coopération
Communiqué sur les Droits
de l'Homme
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COMMENTAIRES DU 14 MAI 2004 SUR UN FORUM
EN MATIERE DES DROITS DE L’HOMME
ORGANISE ( avec un optimum de secret)
PAR LE MINISTRE DE LA JUSTICE CHARGE DES
DROITS DE L’HOMME
Ayant appris, avec un grand intérêt,
dans la soirée du 14 mai 2004 sur les antennes de la Radio
Télévision de Djibouti (RTD) que le Forum sur les Droits
de l’Homme aura lieu dans les locaux de la Femme
"Djiboutienne ( présidée par la première Dame
djiboutienne) ;
Constatant que le Forum sur les Droits
de l’Homme ne pourra pas comme prévu se tenir au Palais du
Peuple ( terrain neutre) peut-être pour des raisons de
climatisation, et ne pourra pas se tenir au Sheraton
Hôtel, peut-être pour des raisons financières et ce malgré
les demandes de financement au PNUD soutenues par le
Président de la LDDH fin février 2004 ;
Ayant appris l’absence de la grande
majorité des Organisations Internationales des Défenseurs
des Droits de l’Homme pour des raisons qui sont à notre
avis gardées dans le plus grand secret ;
Regrettant l’absence des hommes
politiques de l’Opposition membres de l’UAD, absence
probablement consécutive à l’entêtement du Premier
Magistrat dans le maintien de la politique de refus du
remboursement du montant des 32 500 000 qui représentent
la caution déposée par l’UAD lors des élections
législatives de l’année dernière ;
En tant que Défenseurs des Droits de
l’Homme, il est de notre devoir de demander le report de
ce Forum sur les Droits de l’Homme jusqu’à la prochaine
rentrée judiciaire afin de permettre au Ministre de la
Justice de remplir toutes les conditions pour un meilleur
succès et une plus grande transparence en terrain neutre,
avec la participation de tous les hommes politiques
(toutes tendances confondues), des membres des
Organisations Non-Gouvernementales, avec surtout des
éléments palpables et tangibles en faveur de
l’indépendance totale de la Justice en République de
Djibouti, et la Déclaration solennelle de la fin de
l’impunité, de la fin des Abus de Pouvoir par la mise en
place de structures judiciaires totalement indépendantes.

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COMMUNIQUE DE PRESSE
Le ministère de justice organise
aujourd’hui et demain un forum sur les droits de l’Homme.
Ainsi les droits de l’Homme s’invitent dans le débat
public. Après des années d’amnésie, c’est un fait nouveau.
L’ADDHL avait appelé de ses v ceux, et elle s’en réjouit
car cela permettra peut être de s’exprimer sur la
situation des droits de l’Homme et des libertés.
Cependant, nous constatons avec regret
que les deux organisations de défense des droits de
l’Homme à savoir l’ADDHL (Association pour la Défense des
Droits de l’Homme et des libertés) et la LDH (ligue des
Droits Humains), toutes affiliées par ailleurs à la FIDH
(Fédération Internationale des Droits de l’Homme) et à l’UIDH
(Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme) ne soient
pas conviées à ce forum, tout comme nous déplorons
l’absence des organisations syndicales des travailleurs.
Avec l’absence des partis politiques
d’opposition, l’objet de ce forum devient sans intérêt.
C’est pourquoi nous le considérons comme nul et non avenu.
Pourtant, sans discuter, sans débattre
si âprement que ce soit, on ne peut pas résoudre les
problèmes, ni décrire objectivement la situation des
Droits de l’Homme. On ne peut même pas les poser. Alors
que l’enjeu mérite bien qu’on affronte dans le contexte
politique qui est le nôtre, la réalité de la situation.
Le Ministre de la justice est là en
cause à cause de son sectarisme et ceci est l’aveu de son
malaise. Un malaise politique dont la clé est à la fois
existentielle et institutionnelle. Le piège de la pensée
unique et du conformisme politique est en train de se
refermer sur le Ministre de la justice Ce moment était
prévisible, presque programmé, et à coup sûr anticipé.

Violation des Droits de
l'Homme : un cas pratique
A l’heure où le régime prétend
favoriser la promotion des Droits de l’Homme, il nous a
semblé utile de proposer à nos lecteurs l’histoire d’une
famille djiboutienne victime de l’acharnement du pouvoir
de tous les abus. Ce texte, rédigé par les intéressés,
nous a été remis il y a quelques semaines, le moment nous
a paru opportun de le publier.
Ministre ou Avocat ?
En Novembre 2000, Mr GONA ALI, âgé
d’une quarantaine d’années atteint de paludisme est évacué
d’as-eyla sur Dikhil . Au lieu de bénéficier des soins
auxquels il a droit, Mr GONA s’avère être le frère d’un
certain infirmier nommé Abdoulkader Ali, lequel a eu
auparavant un différend avec le Médecin-chef du District
de Dikhil ; il s’agit du Docteur Boutes. Refoulant sa
conscience professionnelle, ce Médecin expatrié a tout
fait pour empêcher l’accès aux soins de GONA tant à Dikhil
qu’ailleurs. Ce dernier sera chassé du centre hospitalier
de Dikhil alors qu’il se trouve en coma. Son frère Ibrahim
Ali, militaire de carrière arrive tant bien que mal à le
transporter en bus à Ali Sabieh où il le fait subir des
examens. Revenu à Dikhil, Mr Ibrahim utilise tous les
moyens pour faire évacuer sur Djibouti son frère GONA dont
l’état sanitaire s’est dégradé d’une façon inquiétante.
Sachant sa situation irréversible, Dr Boutes et ses
infirmiers consentent à ce que Mr GONA soit évacué en
compagnie d’une autre malade pour lequel l’on a demande
une Ambulance. Quelques heures après son arrivée à
Djibouti Mr GONA succombe à la Réanimation de l’Hôpital
Peltier. Aussitôt son frère Ibrahim dépose sur une plainte
contre Dr Boutes pour non assistance à une personne en
danger et pour avoir délibérément conduit son frère GONA
ALI à la mort en refusant les soins nécessaires à sa
maladie et en bloquant son évacuation sur Djibouti. Cette
plainte conduit Mr Ibrahim Ali ex caporal-chef de l’ AND à
la radiation des effectifs de l’armée par décision
Ministérielle n°179 de 30 Mai 2001. La plainte de Mr
Ibrahim est bloquée avant même le début de l’instruction.
Le père du défunt sera menacé de déportation par le sultan
de gobaad sous l’impulsion du Ministre de la Défense. La
partie civile a écrit à :
- Monsieur le Président de République
de Djibouti 2 fois
- Monsieur le Premier Ministre 3 fois
- Monsieur le Ministre de la justice 4
fois
- Monsieur le Procureur de République 6
fois
- Monsieur le Médiateur de la
République 2 fois
- Monsieur le Président de l’assemblée
2 fois
- Monsieur le chef de Mission Française à Djibouti 2
fois
Aucune de ces multiples correspondances n’a eu de
réponse et encore moins d’échos et ce malgré la gravité
que soulèvent ces lettres
En janvier 2003, le frère aîné de Mr
Ibrahim, à savoir Houmad Ali est décédé brutalement
laissant derrière lui une veuve et 4 enfants.
A l’annonce de sa mort, le personnel du
Ministère de la Défense met à la disposition de la famille
du défunt Houmed une voiture de service pour leur
faciliter les travaux de l’enterrement. C’est mal
connaître le Ministre de la Défense qui envoie ses gardes
de corps à la poursuite de la camionnette prêtée à la
famille du défunt Houmed.
Aussitôt dit, aussitôt fait, les
gendarmes arrêtent la voiture en question, déposent
matériels et hommes en pleine chaussée et ramènent la
voiture au Ministère. Il pas superflu de rappeler que le
défunt a travaillé pendant plus de 15 ans au Ministère de
la Défense en qualité de planton.
Mr Slyas, chef du service secrétariat
établit une décision de fin de contrat du défunt pour le
soumettre à la signature du Ministre à savoir :
- Capital décès de six mois
- 2 mois de congé non pris
- 3 mois de salaires no pris.
Cette décision est rejetée par le
Ministre de la Défense sans la moindre explication.
II sera de même de son remplacement par
lé membre de famille.
La fille du défunt Houmed postule à un
emploi de femme de ménage auprès de la caisse Militaire de
Retraite (C.M.R).
Dans un premier temps sa demande est
accueillie favorablement. Aussitôt que le Ministre de la
Défense apprend la nouvelle, elle se voit rejetée. L’on
est en droit de se demander quel lien de parenté unissait
et unit encore l’actuel Ministre Djiboutien de la défense
avec Dr Boutes qui a déjà quitté le pays. La famille de
GONA a porté plainte contre un Médecin expatrié Dr Boutes
et depuis, subit tantôt en ville tantôt en brousse les
foudres du Ministre de la défense. Le plus difficile pour
cette famille est le silence des plus hautes autorités du
pays et ce après qu’ils eurent été saisies.
L’actuel Ministre de la Défense qui
assure aussi la défense du Dr Boutes par tous les moyens
en menant la vie dure à la famille GONA en usant tous les
moyens possibles pour empêcher l’instruction du dossier
sera dorénavant considéré comme le second responsable de
la mort de GONA ALI survenu en NOV 2000 à Djibouti après
un horrible calvaire et le seul responsable du blocage du
dossier de liquidation des droits de Mr HOUMED ALI décédé
le 28 janvier 2003.
Cette famille si malmenée par un
Ministre en exercice n’arrive pas à s’expliquer le silence
pesant du premier magistrat du pays en l’occurrence le
Président de la République dont l’attention a été attirée
à maintes reprises sur cette situation par tous les
moyens( correspondances directes, publication dans les
journaux, R. T .D, etc.
LA FAMILLE DU DEFUNT
Droits de
l'Homme : version Etat-voyou
« Et vous disiez, monsieur d’Ormesson/ Qu’il flottait
sur Saïgon/ Un air de Liberté». Donc, un Forum (la
majuscule n’est pas obséquieuse) a été organisé sous
l’égide du ministère de la Justice, pour constater que les
Droits de l’Homme sont une avancée incontestable à
Djibouti, surtout depuis 1999, c’est peut-être l’effet
messianique du millénaire naissant. Le régime les
respecterait, les concrétiserait et les renforcerait. S’il
nous faut démontrer que tout cela relève de la propagande
mensongère, il y a donc lieu d’avancer des preuves
tangibles et significatives. En voici donc au moins une
parmi beaucoup d’autres, tirée de l’actualité la plus
récente et beaucoup plus brutalement parlante que toutes
les démonstrations théoriques.
Pour qui cherche à comprendre la
dynamique interne d’un contexte national, les ressorts
descriptifs ou explicatifs d’une configuration historique
donnée, spécialement lorsqu’elle est issue d’un processus
chaotique de (dé) colonisation, il y a grosso modo deux
options, théoriques autant que politiques. La première
posture s’appelle juridisme ou encore nominalisme et a
très longtemps prévalu, par une sorte de paternalisme
nostalgique au terme duquel l’objet étudié a été aussi
sous-développé que la science qui l’étudiait, il
s’agissait de mesurer, par exemple, le niveau de libertés
publiques dont des citoyens pouvaient jouir sur la seule
base des textes instituant lesdites libertés. Pour
Djibouti, les avancées démocratiques seront jugées à
l’aune des dispositions formelles de la Constitution ou
des divers textes de loi garantissant telle ou telle
liberté.
Ou encore d’établir un inventaire à la
Prévert de toutes les conventions internationales
ratifiées par notre pays. Comme il s’agira pour le régime,
dans une posture d’incantation propitiatoire, de faire
croire que les Droits de l’Homme existent à Djibouti à
partir du moment où tout un forum est organisé sur ce
thème, où la bonne gouvernance est une réalité
incontournable dès lors que telle institution
internationale investit des millions dans sa promotion, ou
encore que la liberté syndicale est solidement établie
puisque le Budget de l’Etat a prévu d’autres dizaines de
millions de nos francs dans son renforcement. C’est
souvent dans ce travers que tombent quelques chercheurs et
certains journalistes à prétention internationale.
La seconde posture s’appelle, de façon
barbare, objectivation. Cela revient à donner une réalité
concrète, objective, à un concept théorique ou à un outil
heuristique. En l’occurrence, quand il s’agit de parler de
Démocratie ou des Droits de l’Homme à Djibouti, il
conviendra de rechercher, dans l’existence quotidienne des
corps et des choses, dans les structures sociales comme
dans les structures cognitives, en quoi on peut dire qu’il
y a ou qu’il n’y a pas Démocratie ou Droits de l’Homme
ici. Bref, cela consiste à prouver dans les faits la
véracité ou l’inexistence d’une idée, quand il ne s’agit
pas d’un idéal. Mais, justement, foin de théorie : il nous
faut démontrer, exemplifier, par la réalité concrète.
Officiellement invités par le
gouvernement djiboutien au ban des nations pour sa
répression en matière syndicale et soucieux de donner des
gages de sa bonne volonté en quête d’adéquation entre sa
pratique indigène et les stipulations des conventions
internationales ratifiées à cor et à cri, deux experts du
B.I.T (Bureau International du Travail) devaient
participer jeudi dernier à une réunion, sous l’égide du
ministère de l’Emploi, entre régime et syndicats
nationaux. Invités par les deux experts à titre de
dirigeants reconnus par le B.I.T et les instances
internationales (et que le régime n’a pas hésité à exhiber
à la télé le 1er mai dernier pour
faire croire que la liberté syndicale était respectée),
les vrais responsables démocratiquement élus de l’UDT
(Union des Travailleurs Djiboutiens) sont arrivés sur les
lieux en toute bonne foi.
Le représentant du ministère de
l’Emploi (il conviendrait peut-être mieux de parler de
ministère du chômage), ayant vraisemblablement reçu des
ordres stricts, il a été signifié à ces responsables
syndicaux qu’ils étaient indésirables, le régime n’ayant
prévu que la participation des seuls clones. En toute
simplicité despotique : pourquoi faire compliqué quand la
bêtise permet de faire simple ? Outrés d’une telle
impolitesse et désireux de voir cette réunion se tenir
dans des conditions décentes et fructueuses pour toutes
les parties concernées, les experts du B.I.T ont
solennellement invité la partie gouvernementale à raison
garder et à accepter la participation de la représentation
syndicale non clonée. Rien n’y fit : ce fut un Niet plutôt
musclé !
En effet, sur convocation du ministère
chargé de la répression syndicale, six policiers en
uniformes et en armes firent irruption dans la salle et en
expulsèrent manu militari les indésirables mais légitimes
représentants syndicaux. Ainsi donc, comme on dit dans
certains milieux qui ont le temps de s’étonner, les deux
experts du B.I.T ont pu assister à l’expulsion des vrais
syndicalistes : la réalité de la liberté syndicale a été
jugée à sa juste pertinence concrète. Furieux d’avoir été
abusés par un régime aussi irresponsable, et ne voulant
absolument pas cautionner par leur mansuétude un tel
terrorisme contre les travailleurs djiboutiens, les
experts du B.I.T ont aussitôt quitté Djibouti, promettant
des lendemains ailleurs douloureux au régime RPP.
Donc, le régime a utilisé la force des armes pour
contraindre au silence les représentants légitimes d’une
centrale syndicale en présence de délégués d’une
organisation internationale. Quand on l’entend prétendre
que seule la fierté nationale l’a conduit à violemment
réagir à l’affaire Borrel comme dans ses rapports avec le
FMI, le citoyen djiboutien, surtout s’il est travailleur,
ne comprend pas pourquoi les vrais représentants librement
et démocratiquement élus sont à ce point et militairement
humiliés devant des arbitres aussi neutres que ceux du
B.I.T. Dans ces conditions, à quoi sert alors un forum sur
les droits de l’Homme à Djibouti ?
De deux choses l’une : soit le Chef de
l’Etat est foncièrement incompétent au point de ne pas
pouvoir assurer un minimum de cohérence à l’action de son
gouvernement, ce qui expliquerait la marge de manœuvre
illégale de ses ministres ; soit il est l’instigateur de
toutes ces illégalités officielles, ce qui expliquerait
l’impunité de leurs auteurs.
Le plus souvent, la vérité se situe dans l’entre-deux :
la mauvaise foi a besoin d’une certaine médiocrité.
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