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Éditorial
DIFFAMATION PRESIDENTIELLE :
LA NOUVELLE AFFAIRE DAF ?
Pour les citoyens et les observateurs
extérieurs candides se demandant comment un procureur de
la République pouvait oser diffamer et mentir aussi
impunément que celui du Tribunal de Djibouti, la réponse
est dorénavant trouvée : c’est parce que le Président du
Conseil Supérieur de la Magistrature, Chef de l’Etat et du
gouvernement, Chef suprême des Armées et accessoirement
président du parti au pouvoir pour fait de fraude, lui
donne publiquement le mauvais exemple. On savait depuis
longtemps que, profitant de la crédulité aussi polie
qu’ignorante de certains journalistes, le Chef de l’Etat
djiboutien prenait un malin plaisir à délivrer des
demi-vérités qui sont, en regardant dans l’autre sens,
qu’autant de demi-mensonges.
Ainsi, alors que l’affaire Borrel
n’avait pas encore pris la dimension hexagonale qu’elle a
maintenant, le Chef de l’Etat s’est rendu en France
quelque temps après la signature de l’Accord de Paix du 12
mai 2001. Invité par une chaîne de télévision, il devait
expliquer les retombées politiques dudit Accord de Paix,
en termes d’ouverture politique « en direction de
l’opposition ». La précision a son importance car le
pauvre présentateur n’ayant jamais entendu parler de
FRUD-armé (commodité de langage née le 7 février 2000), le
Chef de l’Etat a froidement répondu : « Nous avons
trouvé un terrain d’entente avec nos frères du FRUD. La
preuve, c’est qu’ils font toujours partie du gouvernement
».
Demi-vérité car, effectivement, le FRUD
parti politique a toujours compté ministre (s) depuis son
entrée au gouvernement en juin 1995. Mais aussi
demi-mensonge puisque, par définition, ce FRUD n’a jamais
été dans l’opposition politique. Au demeurant, c’était la
Paix de 2001 et non celle de 1994 qui était d’actualité ce
jour-là et dont il s’était lui-même prévalu quelque temps
auparavant à Bruxelles.
Cette fois-ci, c’est tout aussi et même
plus grossièrement grave. Au journaliste de Jeune
Afrique/ L’Intelligent lui demandant pourquoi
l’opposant DAF était à ce point persécuté par la police
présidentielle, le Président djiboutien a osé répondre : «
Cela n’a rien de politique. Sur ce plan, ce monsieur
peut écrire les âneries qu’il veut et rechercher tant
qu’il peut l’auréole du martyr, il ne me trouvera pas… En
revanche, lorsqu’on diffame, il y a, ici comme ailleurs,
des lois et des sanctions. Celui dont vous parlez a ainsi
écrit que le général chef d’état-major des armées
entretenait un harem composé de militaires de sexe
féminin, dont la plupart étaient des mères de famille !
Même si j’ai quelques doutes sur son sens des
responsabilités, il lui a bien fallu faire face aux
conséquences pénales de ses insultes ».
En espérant que son procureur de la
République fasse également face aux conséquences de sa
diffamation contre la personne de M. Dini, il est de notre
devoir de signaler que le Chef de l’Etat a tout simplement
diffamé contre la personne de Daher Ahmed Farah. En effet,
ce dernier n’a jamais rien écrit de tel, et inutile de
lancer quelque défi que ce soit ici : il avait juste posé
une question sur l’usage peu réglementaire d’une troupe
militaro-artistique elle-même en dehors de toute légalité
républicaine. A-t-il insinué autre chose ? Ce n’est pas
nécessaire d’en débattre. Car le fait est qu’entre
l’explicite de l’écrit et l’implicite d’une insinuation,
il y a toute la latitude de l’interprétation subjective.
En diffamant ainsi, le Chef de l’Etat verse dans le procès
d’intention, celui-là même au terme duquel sa Justice a
abusivement condamné Daher Ahmed Farah. Justice partisane
elle-même unanimement condamnée de ce fait. Dans cette
affaire, comme ailleurs, les femmes ne sont que prétextes
à un sordide règlement de compte personnel. Dans ce
despotisme crépusculaire, le seul délit des opposants
diffamés, c’est de dénoncer la confiscation de l’Etat, des
institutions et des richesses nationales à des fins
uniquement partisanes.
Mais cela, DAF le sait, tout comme il connaît ses
droits les plus élémentaires, pour en avoir été maintes
fois arbitrairement dépossédé.
Brèves nationales
Ethiopie/Djibouti :
Le baromètre Djib-net
Aussitôt après le départ de la
délégation éthiopienne conduite par le Premier ministre
Meles Zenawi, Djib-net avait brutalement déprogrammé la
retransmission d’ETV, la télévision publique d’Addis-Abéba.
En espérant nous tromper, nous avions laissé entendre dans
notre précédente édition que les relations entre notre
pays et son puissant voisin étaient empreintes de
suspicion.
La visite à Djibouti la semaine
dernière de Meles n’a pas démenti nos analyses. Venus
surtout inaugurer les nouveaux locaux de leur ambassade,
le Premier ministre éthiopien et sa délégation ont quelque
peu déçu les attentes, nombreuses et parfois lointaines
paraît-il, de la partie djiboutienne.
Ainsi, comme le reconnaît implicitement
le journal gouvernemental « La Nation », les
travaux de la fameuse commission mixte n’ont débouché sur
aucun résultat tangible. Au-delà des déclarations
d’intention, rien de concret n’est venu conforter
l’excellence de nos relations avec ce partenaire
historique. Pire : les officiels éthiopiens sont rentrés
chez eux sans même rendre visite au chantier du
méga-projet de Doraleh, un moment annoncé comme le clou du
spectacle.
Le Chef de l’Etat, en campagne pour sa
réélection, n’est pas sûr de compter cette fois sur le
soutien éthiopien, dont il avait bénéficié en avril 1999.
A l’époque, le régime d’Addis-Abéba n’avait pas lésiné sur
les moyens pour assurer l’élection du natif de Diré-Dawa :
livraison de khat, appui financier et symbolique avaient
marqué la contribution officielle éthiopienne à l’élection
du Lidj des hauteurs de Harrar.
Cinq ans après, les Ethiopiens donnent
l’impression de s’être lassés du démagogue qui, en signe
de gratitude, s’était adressé en amharique aux
parlementaires d’Addis-Abéba. Il est vrai qu’entre temps,
le dossier somalien est passé par là, dans lequel Djibouti
avait des prétentions disproportionnées par rapport à son
poids réel. Et surtout très peu pertinentes, qu’il a bien
fallu revoir à la baisse. Illusion de réélection oblige et
Paris vaut bien une messe…
La bouderie solidaire de Djib-net
semble avoir cessé, puisque son boycott de la télévision
éthiopienne à peine évoqué au téléphone, la retransmission
des programmes d’ETV a repris dès lundi soir. Hasard ou
écoutes téléphoniques ?
Importation de khat :
La SOGIK veut-elle baisser les prix ?
Tout au long de nos éditions, nous
n’avons jamais cessé de prouver que ce régime cherche à
abrutir les masses en promouvant la consommation effrénée
du khat, devenu l’opium du Peuple. Ainsi, nous apprenons
sans trop de surprise dans les colonnes du journal
gouvernemental « La Nation » que le principal
syndicat des importateurs de cette denrée d’aucune
nécessité plaide pour la baisse des prix et ce à la veille
de la campagne présidentielle durant laquelle le khat est
autant distribué que consommé.
Abrutir le citoyen : telle est la
devise de ce régime irresponsable qui, au lieu de
sensibiliser ses concitoyens sur les méfaits de ce fléau
national, préfère assurer la publicité gratuite à ses
pourvoyeurs et accentuer un peu plus notre dépendance
vis-à-vis de l’étranger.
A qui profiterait une baisse du prix
d’achat du kilo de khat ? Au gogo consommateur djiboutien
que le RPP pourrait approvisionner à gogo ? Pour notre
part, nous disons : non merci !
Le khat a suffisamment déstructuré
notre société fragile et appauvrie. Que ceux qui veulent
vendre leur âme en échange de cette plante d’illusions
aillent brouter la production nationale gratis au jardin
d’acclimatation du docteur honoris causa : 4000
plants d’Awaday (les consommateurs apprécieront) les y
attendent. Mais gare au blues postkhatique, qui transforme
certains en robots ou griots présidentiels.
Taxis confisqués :
Les pouvoirs publics font marche arrière
Après avoir pris une décision
interdisant simplement l’importation des véhicules dont le
volant est à droite, les autorités djiboutiennes étaient
passées à la vitesse supérieure en retirant de la
circulation quelque 170 taxis, au motif qu’ils
constituaient un danger pour la sécurité routière.
Confisqués et garés dans la zone franche pendant deux
semaines, ces véhicules ont finalement été restitués à
leurs propriétaires, heureux de reprendre leurs courses et
de faire ainsi vivre leurs familles. Nous nous réjouissons
pour notre part de ce recul de l’arbitraire.
« Réalité » félicite tous ces
transporteurs qui ont tenu bon face au diktat des
autorités qui, paraît-il dans la plus pure tradition du
délit d’initié, cherchaient dans cette manœuvre à enrichir
un garagiste très proche du régime.
Et dire que le forum sur l’état des
Droits de l’Homme se demande ce qui peut bien freiner
l’investissement privé et gonfler les chiffres du chômage…
Droits de l’Homme :
La démystification par l’exemple
Il l’a voulu, il l’a eu : le ministre
de la Justice a quand même réussi à organiser « son »
forum, en l’absence de toutes les forces crédibles de la
société civile. Seule consolation pour lui : un discours
insipide, prétentieux et démagogique du grand chef, plutôt
référence en matière de répression qu’autre chose.
Pendant que le « numéro un djiboutien
», seul à s’accaparer les richesses nationales ou à les
distribuer à ses courtisans, donc de ce fait premier
responsable de la pauvreté généralisée, discourait sur la
violation des droits de l’Homme que constituent à se yeux
la précarité et la pauvreté, des jeunes désœuvrés d’Arhiba,
victimes de sa politique de prédation, ont tenu à
manifester devant le siège de l’UNFD où, il faut bien
sponsoriser ces dames, se déroulait le forum.
N’en déplaise aux plumitifs à la solde
du RPP, les jeunes d’Arhiba (principalement ceux de l’UJA,
à laquelle ils prétendaient dénier toute existence) ont
exprimé leur mécontentement, démystifiant ainsi de manière
exemplaire la démagogie officielle.
Les journaleux du « Progrès »
dernièrement renforcés en fonctionnaires réquisitionnés et
en matériels confisqués, auraient trouvé là matière à
inspiration ; mais ils n’ont pas été convoqués pour
rapporter la brûlante réalité. Ils doivent juste se
contenter du tam-tam.
Syndicalisme :
L’UDT dénonce les manoeuvres du MESN
Ainsi que nous l’écrivions la semaine
dernière, le régime poursuit son ingérence dans les
affaires syndicales. Le communiqué ci-dessous reproduit de
l’Union Djiboutienne du Travail (UDT), signé par son
secrétaire-général, M. Adan Mohamed Abdou, condamne ces
pratiques liberticides : «Le Jeudi 13 mai 2004, dans
les locaux du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité
Nationale, deux experts du Bureau International du Travail
(BIT), devaient rencontrer les centrales syndicales dans
le cadre de leur mission à Djibouti. A 11 heures, se
trouvaient dans la salle, des prétendus membres de l’UGTD,
parrainés et sponsorisés ouvertement par le Ministère, et
quatre délégués de l’UDT.
Avant même l’arrivée des experts, M.
Ali Yacoub, Conseiller du Ministre et Secrétaire Général
par intérim, entre bruyamment dans la salle et somme, d’un
ton agressif et menaçant, les délégués de l’UDT de quitter
les lieux.
«Seule l’UGTD a le droit de rencontrer
les experts» martelait-il avant de crier «que l’UDT mette
mon nom dans tous les journaux si ça lui chante » clamant
ainsi haut et fort l’impunité dont il jouit.
Les syndicalistes refusent de répondre
à la provocation et essayent calmement, mais en vain, de
raisonner le jeune homme. Dans cet entre fait, arrivent
les experts du BIT. Il s’agit de Madame Telou Keneado et
de Monsieur Ngandu Mukendi.
C’est alors que M. Ali Yacoub ordonne à
six (6) policiers armés de s’introduire dans la salle et
d’expulser tous les délégués de l’UDT. L’ordre a
immédiatement été exécuté et nos représentants
- Mohamed Ahmed Mohamed
- Mohamed Ahmed Abdillahi
- Farah Abdillahi Miguil et
- Souleiman Ahmed Mohamed
ont été jetés, manu militari, hors de
la salle. Choqués, les experts du BIT auraient refusé de
participer à cette réunion truquée qui a finalement été
annulée.
Nous apprenons par ailleurs que 4
correspondances portant 4 signatures différentes ont été
envoyées en notre nom (UDT) au BIT.
Notre organisation n’ayant jamais
adressé un quelconque courrier à cette délégation, nous
restons convaincus que ces documents émanent du ministère
lui-même, qui a pour stratégie habituelle de brouiller les
organisations internationales de manière à discréditer l’UDT
et ainsi mettre en avant ses syndicats-maison.
Naturellement, l’UDT condamne avec
force ces agissements d’un autre âge de la part du
ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale et
dénonce une fois de plus l’ingérence permanente du pouvoir
dans les affaires syndicales. »
Le dilemme présidentiel :
Modestie ou hypocrisie ?
Vendredi dernier, le Chef de l’Etat,
détestant par ailleurs les dépenses ostentatoires, a
retrouvé le confort (modeste) de son Boeing présidentiel
(minuscule) venu d’Afrique du Sud, pour rejoindre la
Capitale tunisienne aux fins d’assister à un sommet de la
Ligue des Etats Arabes dont l’essentiel de l’ordre du jour
concernait la situation en Irak et en Palestine occupée.
C’est vraiment par pure politesse qu’il
a sacrifié à ces périodiques retrouvailles mondaines car
le Chef de l’Etat djiboutien a clairement exprimé son
point de vue sur la question dans la seconde partie de
l’interview qu’il a accordée à Jeune
Afrique/L’Intelligent.
Ainsi, à une question relative à la
position de Djibouti par rapport au conflit palestinien,
il a répondu avec une sincérité et une profondeur
sidérantes : « Les Palestiniens sont seuls. Peut-être
leur faudra-t-il encore un siècle pour être libres chez
eux, mais ils y parviendront sans l’aide de quiconque. La
solidarité, qu’elle soit arabe ou islamique, à leur égard
a toujours été un vain mot, une pure hypocrisie ».
Merci pour les autres, mais est-ce à
dire que seule la solidarité RPP est réelle ? On ne
demande même pas à quoi a servi le compte bancaire qui
accueillait les sommes saisies à la source par le régime
pour officiellement soutenir la Cause palestinienne.
Peut-être ont-elles servi à faciliter l’inspiration
antisémite de telle troupe militaro-artistique ?
Quoi qu’il en soit, notre homme
providentiel était de retour quarante-huit heures après,
dans sa poussiéreuse Capitale, tandis que l’avion
présidentiel retrouvait, quelques milliers de kilomètres
plus au sud du continent, la fraîcheur du pays de Mandela.
Début juin, ce même avion retrouvera le
tarmac de l’aéroport de Djibouti pour emmener cette fois
notre génie national dans l’ancienne perle de l’Afrique
Orientale, autrement dit Kampala, pour le sommet des Chefs
d’Etat du COMESA. Fin juin, le même appareil reviendra
d’Afrique du Sud pour convoyer le Président djiboutien au
sommet de l’Union Africaine à Addis-Abéba.
Combien coûtent tous ces vols au Peuple
Djiboutien ? Car il est bien entendu qu’il ne sacrifie à
ses voyages intercontinentaux que par devoir.
Ce même devoir qui lui commande de se
représenter pour un second mandat : il paraît qu’il a
tellement de chantiers nationaux et internationaux à
terminer.
Yoboki :
Distribution partielle des pièces
d’identité
Faisant suite aux doléances maintes
fois exprimées par les notables de l’arrière-pays yobokois,
les services du ministère de l’Intérieur auraient
finalement accepté de délivrer des pièces d’identité aux
ruraux des régions de Galafi, Daoudaouya et Daguirrou. Le
hic, c’est que dans le même temps, un numerus clausus
inacceptable accompagne ces prétendues dérogations.
Ainsi, les autorités acceptent de
délivrer des pièces d’identité nationale dans les contrées
reculées, tout en posant leurs iniques conditions : une
seule visite par localité et attribution des pièces
d’identité à un maximum de 60 personnes par endroit.
La citoyenneté est un droit sacré, n’en
déplaise à ce régime sectaire. Aussi, nous demandons au
ministère de l’Intérieur de délivrer des pièces d’identité
à tout citoyen y ayant légalement droit, conformément aux
dispositions contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai
2001.
L’ARD veille au grain et n’hésitera pas
à dénoncer la ségrégation dans l’attribution des pièces,
partout où cette injustice sera constatée.
Et la combattra comme il se doit.
Tribulations
présidentielles
1ERE PARTIE : HISTOIRE
D’ÉQUILIBRE…
Sous le titre « Les tribulations du
Premier ministre », nous avions brièvement évoqué dans
notre numéro 94 à quel point la culture générale du
Premier ministre était à l’image de son expérience
politique : minuscule. Le régime peut acheter des pages de
publicité déguisée et mensongère dans une certaine presse
internationale, force est de noter avec satisfaction qu’il
lui est impossible d’acheter le contenu de ses messages
publicitaires, car en matière de communication politique,
le nègre n’a pas encore été inventé. Dans notre édition du
5 mai dernier, nous avions relaté l’inconsistance des
propos du Chef de l’Etat (et du journaliste qui l’avait
interviewé), donnant rendez-vous à nos lecteurs pour
analyser la seconde partie de cette interview
présidentielle. Laquelle a été déprogrammée par la
rédaction de Jeune Afrique/L’Intelligent,
certainement avec l’accord de l’illustre docteur honoris
causette. Mais, comme il aurait été cruel d’empêcher
l’humanité lettrée et francophone des lumières du « numéro
un » djiboutien, l’hebdomadaire parisien a mis en ligne,
sous le titre un peu boy scout « Je ne veux pas mourir
au pouvoir », la seconde partie de cette interview.
Pour l’avoir donc consultée sur le site Internet
www.l’intelligent.com, nous pouvons assurer que le surf en
vaut la chandelle : pour tous ceux qui se demandaient
comment le Premier ministre avait osé ses insanités
tribales, voici son gourou, et maître à penser ! Pour qui
l’ignorait bien sûr, car il est bien connu que l’enfant ne
fait que répéter ce qu’il entend de la bouche des grands.
« Le peuple djiboutien est composé
de deux groupes ethniques, les Afars et les Issas ». Ces
deux groupes se scindent en plusieurs tribus, clans et
sous-clans » : Cette stupide phrase du Premier
ministre, pourtant peu suspect de nostalgie coloniale ( ni
anticoloniale d’ailleurs), a été unanimement condamné par
les Djiboutiens, à tel point que certains mal-élus de la
circonscription électorale de la Capitale l’auraient
publiquement et fort justement interpellé à ce propos, se
demandant subsidiairement comment l’omniprésente censure
de la police politique présidentielle avait pu laisser
passer cette monstruosité qui, sous d’autres cieux
réellement démocratiques, auraient poussé son auteur à la
démission. A lire la seconde partie de l’interview que son
Chef de gouvernement a accordée au même hebdomadaire, on
comprend beaucoup de choses : que l’élève n’a fait que
réciter la leçon de son maître et que le maître dit des
choses encore plus monstrueuses que son élève.
Ainsi, lorsque le journaliste lui
balbutiait : « On entend toujours dire qu’à Djibouti
les Issas dominent et les Afars sont discriminés… »,
le Chef de l’Etat bondit (c’est une image et, comme on le
dit dans le langage de la publicité commerciale, visuel
non contractuel) et réplique, main sur le cœur : «
C’est une vieille séquelle du colonialisme. Après avoir
tout d’abord privilégié les Issas au détriment des Afars,
les Français ont, au début des années 1960, renversé ce
déséquilibre en faveur, cette fois, de ces derniers. Une
fois l’indépendance venue, les Issas, qui avaient mené la
lutte anticoloniale, ont revendiqué leur place. Une guerre
civile a suivi. Aujourd’hui, tout le monde a sa part. J’ai
ainsi imposé qu’il n’y ait pas un seul recrutement dans la
fonction publique qui ne se fasse sans concours. C’est un
jeu d’équilibre auquel je me livre en permanence et qui
nécessite une vigilance de tous les instants. ».
Cette réponse devrait être proposée au
livre des records mondiaux car, en seulement sept lignes
et environ trente secondes top chrono, le Chef de l’Etat a
réussi à placer quatre contrevérités, restons polis, car
on aurait tout aussi bien pu parler de diffamation contre
le Peuple Djiboutien et son Histoire.
Première contrevérité : il est stupide
de prétendre que la France a tour à tour privilégié les
Issas et les Afars. Li Wadjhillah, voici un petit cours
d’Histoire à son intention, car nous nous en voudrions de
passivement assister à l’étalage de quelque inculture que
ce soit, a fortiori lorsqu’elle est présidentielle.
En s’installant dans la région, au terme d’un traité
falsifié (dans sa version française du moins) avec le
Sultan de Rahaïta, la France a donné à la future
République de Djibouti le nom de Territoires d’Obock et
Dépendances. Priée de quitter les lieux pour lecture
mensongère dudit traité, la puissance coloniale s’est
installée dans la rade de Djibouti et sa petite possession
est alors devenue Côte Française des Somalis.
Il ne s’agissait pas pour elle de
favoriser les Somali, encore moins les Issa : désireuse de
pénétrer l’énorme marché de l’Ethiopie chrétienne, la
France cherchait juste un peu de tranquillité et beaucoup
de main-d’œuvre pour pouvoir construire le chemin de fer
reliant Djibouti à Addis-Abéba, via Diré-Dawa. Région de
Diré-Dawa où, par manque de chance, il y avait un certain
Ougas des Issa, qui ne voyait pas d’un très bon œil cette
arrivée. Rappelons que son autorité avait été une première
fois bafouée, puisque les chefs Issa ayant signé le traité
dont la France s’autorisait pour s’installer, n’avaient
pas été mandatés par lui et ils n’étaient pas 44.
Comme il fallait encore une fois saper
son pouvoir pour neutraliser ses résistances, la France a
créé une sorte d’antéougas, comme il y a un antéchrist :
c’était un Issa, nommé notable (on disait alors Okal, de
l’arabe ‘Aaqil signifiant l’Intelligent, parfois comme
Jeune Afrique) et le mieux rémunéré de toute
l’administration coloniale indigène. Si, en 2004, dix ans
après la mort du dernier Ougas, son remplaçant n’a
toujours pas été désigné selon les règles traditionnelles
de succession, c’est aussi quelque part une séquelle de ce
triste épisode de la collaboration avec un colonialisme
débutant. Donc, le Chef de l’Etat devrait être le dernier
à prétendre que les Issa aient été, à un moment donné,
favorisé par la puissance coloniale : cela ne correspond
nullement à la réalité, car seuls des collaborateurs ont
été favorisés, indépendamment de leur origine ethnique. Ce
n’est pas parce qu’il a personnellement réussi du temps de
l’administration coloniale que l’on serait a contrario
fondé à prétendre que tous ses cousins aient été des
privilégiés à cette époque
Car, plus gravement, au lendemain d’un
référendum tumultueux, il s’agissait pour la France de
définitivement couper certains de ses ressortissants d’un
Etat voisin, et ceci selon deux directions : d’une part,
en réhabilitant une partie collaboratrice des Afar qu’elle
avait massivement réprimé et parfois massacré, d’autre
part en divisant les Somali pour n’en reconnaître que
certains Issa ; ainsi naquit le Territoire Français des
Afars et des Issas. C’est peut-être sur cette seule
appellation de TFAI que le Chef de l’Etat se fonde pour
dire que ce fut au tour des Afar d’être privilégiés par la
puissance coloniale car, mis à part le Président du
Conseil de Gouvernement et ses alliés politiques, ni sa
famille, ni sa tribu et encore moins les Afar dans leur
ensemble n’ont bénéficié d’un quelconque traitement de
faveur colonial. Si tel avait été le cas, il en resterait
un minimum de traces pertinentes. Mais tel n’est pas le
cas, et le Chef de l’Etat n’ignore pas que
l’administration de son ancien patron avait suspendu
toutes les bourses des seuls étudiants d’origine Afar au
lendemain de la création du Mouvement Populaire de
Libération : il faudrait plutôt parler de ségrégation,
mais c’est un détail.
Ce qui n’est pas un détail par contre,
c’est la ségrégation que le Chef de l’Etat instaure entre
les nationalistes djiboutiens en fonction de leur origine
ethnique, et c’est la seconde contrevérité. Prétendre que
les Issa revendiquaient leur place pour avoir lutté en
faveur de l’Indépendance, c’est malheureusement obliger
nos concitoyens à poser deux questions : d’une manière
générale, les autres communautés n’ont-elles pas participé
à cette lutte de libération pour mériter d’avoir été mises
à l’écart ? Plus particulièrement, les Afar auraient-ils
milité contre cette Indépendance qui auraient signifié la
perte de leurs prétendus privilèges ? Il est proprement
dégradant de confisquer le passé pour mieux détourner le
présent.
Troisième contrevérité : c’est lorsque
le Chef de l’Etat établit une causalité directe entre la
prétendue revendication égalitaire des Issa qui ont lutté
pour l’Indépendance et le déclenchement du conflit civil,
dont on sait pas très bien s’il faut le dater en 1978 ou
en 1991. Qu’il ne parle plus de la « stratégie de
partition du pays conçue et développée par la France »
comme dans le communiqué présidentiel affolé par l’affaire
Borrel, encore heureux, mais ce n’est pas suffisant.
Imputer le conflit civil au refus des Afar d’abandonner
les privilèges auxquels les colonisateurs les avaient
habitués est une insulte au bon sens citoyen en même temps
qu’un sabotage de l’indispensable travail de
réconciliation nationale.
C’est tout simplement à se demander
s’il a lu une seule ligne de l’Accord de paix du 12 mai
2001, qu’il s’était pourtant solennellement engagé à
appliquer, dans lequel les deux parties signataires
avaient clairement identifié la cause essentielle du
conflit fratricide : le grave déficit démocratique. Ce
qui, il est vrai, colle mal avec sa biographie officielle
selon laquelle la sauvegarde de l’Unité nationale
relevait, entre 1977 et 1999, des seules prérogatives du
chef de cabinet du président de la République : l’échec
est dramatiquement éloquent !
Quatrième contrevérité présidentielle :
c’est lorsqu’il prétend le plus sérieusement du monde que
de nos jours, l’égalité entre tous les citoyens est
rigoureusement assurée : il paraît qu’il y veille
personnellement, c’est dire l’intensité de l’effort… ou de
la mystification. Il est également malhonnête de parler de
concours lorsque l’accès à l’Education n’est qu’une
garantie formelle, sans aucune réalité concrète sur le
terrain. Enfin, non seulement de graves déséquilibres
existent à tous les niveaux entre les diverses composantes
de la communauté nationale, mais même le journaliste
étranger et invité dans le cadre d’un publi-reportage
s’est-il senti obligé (un reste de rigueur déontologique
peut-être) de faire état d’une ségrégation encore plus
pointue : « Pourtant, si on en croit le dernier rapport
du département d’Etat américain sur Djibouti, votre clan
domine l’essentiel de l’armée, de la police et des
services de renseignement… » a-t-il eu le courage de
placer.
Ce qui lui a valu une réponse pour le
moins suspecte venant d’un Chef d’Etat qui doit convaincre
et non pas défier : « Qu’on le prouve ! Vous savez, il
y a une chose que je veux éviter, c’est qu’on dise plus
tard de moi : il a divisé le pays, il a laissé derrière
lui un champ de mines. Je ne suis que de passage, pour
quelle raison voudrais-je semer la discorde ? ».
Que c’est gentil : on en pleurerait presque d’émotion,
en passant par pertes et profits les innombrables
injustices qui sont la réalité quotidienne de la société
djiboutienne. Après la France, veut-il accuser les
Etats-Unis de vouloir déstabiliser son régime ? Ce ne
serait pas sérieux, mais au pays de la démesure
démagogique, plus rien ne peut nous surprendre. On
entendra peut-être dire que les informations sur
lesquelles le département d’Etat américain s’est fondé
pour parler de multiples ségrégations à Djibouti émanent
de rigolos, ceux-là mêmes qui auraient déjà intoxiqué la
DGSE française à propos des conditions dans lesquelles le
juge Borrel est mort ! Il n’y a pire aveugle que celui qui
ne veut pas voir : pour avoir lui-même hérité de cette
ségrégation clanique, et pour n’avoir absolument rien
entrepris afin de la démanteler, c’est une litote, le Chef
de l’Etat trouve peut-être normal que l’Armée, la
Gendarmerie et la Sécurité soient toutes dirigées par ses
cousins.
Tout comme il trouve peut-être normal que la plus
petite réunion de travail au sein d’un département
ministériel aussi important que celui des Finances
ressemble furieusement à un rassemblement clanique. Nos
concitoyens savent bien que l’égalité est encore un slogan
que le régime brasse au détour d’un forum sur les Droits
de l’Homme. Pour tous les autres, il suffirait juste de
consulter la liste de tous les agents de l’Etat (ils sont
pléthoriques, fonctionnaires et conventionnés) travaillant
dans les différents services de la Présidence : si le Chef
de l’Etat œuvre réellement à assurer une juste
représentation de toutes les composantes de la communauté
nationale, cela se verrait d’abord dans son plus proche
entourage.
Mais l’on aurait tort d’en déduire pour
autant que ce régime est tribaliste : il veut juste le
faire croire. Car, en vérité, son seul credo est de servir
tous ceux qui veulent bien le servir, sans distinction
d’origine, à une condition, fondamentale : que ses
serviteurs acceptent de se servir sans se soucier de leur
communauté, encore moins de l’intérêt général. Nous aurons
prochainement l’occasion de revenir sur cet aspect. La
semaine prochaine, nous tenterons de décrypter d’autres
subtilités du langage présidentiel, comme ce que la
modestie signifie pour lui.
D’ici là, nous formons un vœu : à la
lecture de tels propos ne pouvant que semer la discorde
interethnique, que les mal-élus de la circonscription
électorale de Djibouti-ville, qui avaient demandé des
explications au Premier ministre, soient aussi indignés
avec son maître à penser (s’il est permis de parler de
penser).
Sauf si le fait qu’il soit surtout leur vrai maître ne
leur pose problème, auquel cas ils auront démontré qu’ils
sont tout sauf représentants du Peuple.
Les dix commandements des
charlatans politiques
C’est bien connu : parler de Démocratie et
de Droits de l’Homme, ça rapporte beaucoup à tout le
monde. Aux régimes despotiques qui vont de forum en tables
rondes, en passant par les Assises et les symposiums de
réflexion sur l’action gouvernementale, c’est le meilleur
moyen pour attirer l’aide publique des pays riches ou
l’argent multilatéral, sans oublier l’indispensable
considération et l’inévitable onction de ceux qui
préfèrent faire semblant. Aux bailleurs de fonds,
bilatéraux ou multilatéraux, cela donne bonne conscience :
c’est peut-être dans cette optique de politesse intéressée
qu’il convient de comprendre la participation de
représentants de l’Organisation Internationale de la
Francophonie et de la Ligue des Etats Arabes au forum sur
l’état des Droits de l’Homme qui s’est tenu les 17 et 18
mai sous l’égide du ministre de la Justice, comme par
hasard chargé des Droits de l’Homme. Les dix
recommandations retenues au terme de ses travaux montrent
clairement qu’entre thèse et foutaise, le régime n’a pas
hésité : alors que tel adorateur identifiait l’heureux
candidat de 1999 au prophète Noé, il faudrait plutôt
parler de nouveaux charlatans politiques, spécialistes de
l’illusionnisme médiatique.
C’était à se demander si les
participants venus des districts du Nord, pourtant triés
sur le volet en fonction de leur affiliation partisane,
savaient exactement l’objet du forum qui les réunissaient.
Un véritable couloir des Lamentations : durant tout un
après-midi, ils étaient là à se plaindre que les zones
affectées par le conflit attendaient vainement leur
réhabilitation, que l’Ecole et la Santé étaient très
largement des mirages dans leurs régions, etc.
A en décourager les illustres
organisateurs de ce forum dont ils attendaient pourtant
beaucoup d’envolées lyriques ou, pourquoi pas,
philosophiques ! Mais, il est inexact de prétendre, tel le
compte rendu à l’eau de rose proposé par le journal
gouvernemental « La Nation », que « les dirigeants des
partis de l’opposition n’ont pas jugé utile de répondre
aux invitations réitérées que leur a adressé (sic)
le Ministre de la Justice initiateur de ce forum ».
Nos lecteurs le savent bien, puisque
nous avons reproduit la lettre ouverte par laquelle les
responsables de l’UAD lui expliquaient, en partant des
arguments qu’il développait lui-même dans son livre,
pourquoi ils étaient au regret de décliner son invitation
: ils n’ont pas de temps à consacrer au renforcement de ce
que le ministre de la Justice qualifie de « parures
institutionnelles » ; ce forum étant à la
consolidation des Droits de l’Homme ce que le «Reer Gool »
(Rear Gold) est à l’or authentique: une illusion optique.
Que les vrais syndicats et les
authentiques organisations djiboutiennes de défense des
Droits de l’Homme n’y aient pas non plus participé, n’a
pas empêché l’organisateur de retenir dix recommandations
censées booster au quotidien le respect individuel et
collectif, public et privé des Droits de l’Homme en
République de Djibouti.
Voici ces dix commandements version
illusionnisme despotique, avec les brefs commentaires
qu’ils nous inspirent, sans aller bien sûr jusqu’au
blasphème partisan.
1) Encourager l’Etat à stimuler
les investissements afin d’offrir des opportunités de
travail : privé comme public, national comme
extérieur, l’investissement a besoin d’une sécurité dans
les textes et dans la pratique. C’est parce cette
condition fait défaut que de nombreuses sociétés privées
ont quitté Djibouti, fatiguées de la corruption
administrative et politique. Donc, il faut d’abord lutter
contre cette délinquance à col blanc et garantir la
meilleure transparence dans la gestion des deniers
publics, le Chef de l’Etat devrait donner l’exemple avec
la gestion du Port.
2)
S’assurer que les recrutements et les promotions au
sein de l’administration s’effectuent sur la base du
mérite, de la compétence et de l’ancienneté :
l’amalgame entre le recrutement et la promotion (qui a
jamais été recruté sur ancienneté ?) en dit long sur le
tour de prestidigitation de ce raccourci. Comme nous
l’avons dit, autant que le Chef de l’Etat, dont le
favoritisme n’est pas à démontrer puisque la plus petite
nomination requiert sa signature, le ministre de l’Emploi
devrait donner l’exemple, lui qui cherche dans son propre
département à violer la loi en court-circuitant la
hiérarchie établie pour nominer (si l’on peut dire,
quoiqu’il ne s’agisse pas ici d’Oscar) une proche parente
à lui.
3) Renforcer les effectifs de la
Justice (magistrats, greffiers) et assurer leur formation.
Doter cette institution de moyens en locaux et matériels
pour améliorer son fonctionnement : à quoi ont donc
servi les états généraux de la Justice tenus en 2000,
puisque ces recommandations avaient déjà été retenus ?
4) Assurer le traitement en
temps réel des dossiers : les justiciables djiboutiens
ne demandent pas mieux ! Mais il est illusoire d’attendre
beaucoup de cette recommandation.
5)
Accélérer la rédaction des jugements, ce qui empêchera
toute falsification : donc, certains jugements restent
purement verbaux ? Société d’oralité, d’accord, mais là
c’est vraiment trop.
Quoique, l’Assemblée Nationale
djiboutienne soit, à notre humble connaissance, la seule
au monde à ne dresser aucun procès verbal de ses séances.
Certes, il ne s’y dit pas toujours des choses
intéressantes, mais les députés sont quand même censés
représenter la volonté populaire et incarner le pouvoir
législatif.
6)
Inciter l’Etat à prévoir une dotation budgétaire en vue
de prendre en charge les honoraires des avocats commis
d’office afin de permettre l’accès à la justice aux
personnes les plus démunies : l’universalité de la
Justice est donc bien une douce utopie. Dans ces
conditions, l’on comprend pourquoi tel avocat s’élève
contre la corruption au sein de la magistrature
djiboutienne : la concurrence devient vraiment déloyale si
le magistrat profite de ce mur de l’argent pour se mettre
à travailler au plus offrant.
7) Adopter des textes juridiques
pour protéger les victimes du VIH/SIDA contre toute
discrimination au regard de l’emploi et dans la société
: c’est bien, c’est même très bien, quoique c’est
peut-être appréhender les problèmes par le petit bout de
la lorgnette en cédant à un thème à la mode dans les pays
où les droits fondamentaux sont assurés aux citoyens.
Il y a tout d’abord lieu d’inciter la
population à risque à pratiquer le dépistage volontaire
d’une part en assurant un maximum de confidentialité dans
une ville où tout le monde se connaît et où la rigueur
professionnelle n’est pas forcément la chose la mieux
partagée du monde, d’autre part en garantissant autant que
faire se peut l’accès aux antirétroviraux au plus grand
nombre.
Ne faudrait-il pas également et
principalement protéger certaines personnes socialement
démunies contre les réels risques de propagation du virus
? Ainsi, nous l’avions préconisé il y a longtemps, ne
serait-il pas possible de lutter contre la contamination
de la femme au moment du mariage en incitant le couple à
procéder au dépistage préalable ?
Mais, pour ce régime de verbiage, les
droits des femmes consistent à être représentées par des
mal-élues. En attendant, ce sont les forces vives de la
Nation qui sont condamnées au nom d’une pudibonderie qui
obère sérieusement toute réelle chance de développement.
8)
Permettre aux associations, aux syndicats, aux partis
politiques et à la presse d’exercer pleinement leur rôle
: c’est tout simplement l’hommage du vice à la vertu.
Alors que le mouvement universel est à la déréglementation
et au désengagement de l’Etat dans de nombreux domaines,
prétendre légiférer et garantir les Droits de l’Homme dans
les sphères associatives, syndicales et partisanes, c’est
la preuve la plus flagrante que les ingérences du régime y
sont encore vivaces. Car, si ONG, syndicats et partis
politiques sont assez mûrs pour fonctionner sans avoir à
être dopés, le minimum que le régime (on ne peut pas
parler d’Etat à ce niveau) devrait faire, c’est de les
laisser tranquilles. En ce domaine, sa seule contribution
au plein rendement démocratique de la société civile, ce
serait de ne pas confisquer le service public et les
médias publics à son seul profit partisan.
C’est, pour le moment, la plus grave
entrave à la liberté d’expression.
9)
Sensibiliser pour assurer la scolarisation des enfants
des milieux défavorisés des zones rurales et améliorer la
qualité de l’enseignement dans son ensemble : c’est à
se demander à quoi ont servi les états généraux de l’Education
Nationale puisque les professionnels en ce domaine avaient
déjà évoqué la même préoccupation. Tout en rappelant que
les zones rurales ne sont la seules à héberger des milieux
défavorisés, le premier effort devrait réduire les effets
dévastateurs que fait peser sur le niveau scolaire des
enfants ruraux l’affectation des enseignants en fonction
de leur compétence : les meilleurs et les mieux formés
restent dans la Capitale tandis que les moins bons et les
moins formés (suppléants et volants) vont dans les
districts).
De même, il conviendrait de regretter
que de nombreuses écoles abusivement fermées n’aient pas
été rouvertes (sauf celle de Guérenlé, fermée par manque
d’eau puis rouverte parce que cette zone ravitaillait en
eau le khat présidentiel du Day). Tout comme il est
regrettable que certaines constructions ou réhabilitations
d’écoles, pourtant budgétisées, souvent grâce à la
générosité internationale, tardent encore à se
concrétiser. En attendant, des centaines d’élèves vont
s’asseoir sur des boîtes de Nido en guise de bancs : le
verbiage officiel trouve cela normal.
Saboter à ce point l’avenir scolaire de ces enfants
(sans parler des conditions d’obtention des bourses
d’études) puis prétendre instaurer des concours de
recrutement dans la fonction publique, cela relève tout
simplement d’une ségrégation aux conséquences
incalculables, comme le démontrera un proche avenir.
10)
Assurer les soins médicaux et l’accès à l’eau, domaines
prioritaires et essentielles en zone rurale pour prévenir
l’exode : ce sont effectivement des domaines
prioritaires, au sens où la Santé et l’accès à l’eau sont
prioritairement laissés à la générosité bilatérale où aux
programmes d’assistance multilatérale.
En attendant, les rares ressources
financières nationales sont affectées à la sécurité
présidentielle, quand il est possible d’identifier leurs
mouvements.
Au total, du bruit pour à peu près rien.
Communiqué de la LDDH

DIFFUSION D’INFORMATION DU 24 MAI 2004
SUR LES RECOMMANDATIONS DU FORUM
« Des Droits de l’Homme à cœur ouvert
»… mais évidemment sans tapages et surtout bouche cousue
sur les violations, les abus de pouvoir, le maintien de
l’impunité, et : attention de ne pas faillir à
l’obligation de garder un silence complet sur les
détournements des deniers publics et des biens sociaux
sinon… »
Voici des commentaires et des soutiens
sur les recommandations tout en sachant d’avance qu’elles
sont vouées à l’échec exactement comme les recommandations
de novembre 2000 dans le rapport des Etats Généraux sur la
Justice et issues des trois fameux ateliers, où la
présence humaine était beaucoup plus étoffée et
responsable.
Une chose reste malheureusement
constante dans notre pays : c’est le manque total de
volonté politique pour mettre fin aux différents abus de
pouvoir, et le maintien d’une dictature foncièrement
sournoise, ? Jusqu’à quand ? Actuellement, le ras-le-bol
se fait sentir à tous les niveaux, seul le miroir de la
peur persiste encore !
Sans nous appesantir sur les périls
réels d’une mauvaise gouvernance fondée sur les mensonges,
les manipulations d’information à travers notamment la
mainmise totale sur les médias de l’Etat, les effets
d’annonce, il est de notoriété publique que les
recommandations d’un Forum sur les Droits de l’Homme, pour
généreuses et justes qu’elles soient , ne peuvent trouver
une application sincère que si la volonté politique
existe.
1- L’existence d’une justice
indépendante avec des magistrats compétents constitue
l’une des premières exigences des investisseurs. A cet
aune « stimuler les investissements n’a pas de sens dans
un pays où la justice brille par son opacité et par
l’inertie des juridictions spécialisées telles que la
Chambre des Comptes et le Conseil du Contentieux
Administratifs, et de l’absence totale de toute
jurisprudence.
2- « S’assurer » de l’équité dans les
recrutements et les promotions est une chose et les
mystères des voies et moyens en usage dans
l’administration pour fonder ceux-ci sur « la base du
mérite, de la compétence et de l’ancienneté » en est une
autre. A moins de rêver, les objectifs de cette
démarche, ne peuvent aboutir que si elles s’inscrivent
dans un cadre dépouillé de toutes magouilles
politico-électorales d’où les préoccupations
tribalo-claniques se doivent d’être absentes ;
3- Tous les points énumérés dans les
recommandations du « Forum sur les Droits de l’Homme »
découlent sans aucun doute d’une bonne intention et nous
en savons gré aux contributions. Mais, comme le dit si
bien l’adage : « même les sentiers de l’enfer sont pavés
de bonnes intentions », au risque de nous répéter et
d’agacer, nous insistons sur l’absence au plus haut
sommet de l’Etat d’une volonté politique susceptible
d’instituer un fonctionnement transparent des
institutions à commencer par la Justice.
4- En ce qui concerne les
recommandations sur les associations, les syndicats, les
partis politiques et la presse, nous prenons acte de cet
aveu sans ambages, du forum sur le sort réservé à la
société civile, aux organisations politiques et à la
presse, en dépit d’une constitution leur garantissant
toutes les libertés. Des termes « permettre …d’exercer
pleinement leur rôle » merci au Ministre de la Justice
d’avoir laissé filtré cet aveu. Pour ce qui est de la
loi sur la communication, le plein exercice de la
liberté de la presse, il faut que soient créées les
dispositions nécessaires dans le cadre de cette loi.
Djibouti faisant l’objet d’une attention particulière
sur les violations permanentes des Droits et libertés
syndicales de la part du BIT et autres organisations
internationales des défenses des Droits humains depuis
près d’une décennie, le forum aurait pu insister sur ces
violations et exiger la réintégration des dirigeants
syndicaux licenciés depuis 1995. Cela eut été un gage de
sérieux pour un conclave qui prétend avoir réussi le
tour de force de rassembler associations, syndicats et
partis politiques, sans que l’on sache lesquels et qui
les représentaient.
5- Pour le reste « le forum qui se
serait modestement penché sur les Droits de l’Homme à
cœur ouvert » ne semble pas avoir drainé les
institutions internationales qui font notoriété telles
la FIDH (Fédération Internationale des Droits de
l’Homme), Amnesty International, l’UIDH (Union
Interafricaine des Droits de l’Homme), tout comme les
deux organisations nationales qui sont la LDDH et l’ADDHL.
6- En conclusion, la mauvaise foi
comme le mensonge et toutes les pratiques politiques
pernicieuses trouvent leurs origines et forcément leur
explication dans l’absence de volonté politique qu’elles
concourent à occulter.
7- Nous interpellons qui de droit sur les conséquences de
cette inertie politique et institutionnelle qui débouchera
forcement sur le pire
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