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Éditorial
LE BEEFSTEAK DU DEPUTE
(SUR UN CANAPE D’AVOCAT)
A force de n’en voir que l’aspect le
plus servilement caricatural, nos concitoyens en sont
venus à ne plus très bien comprendre à quoi peut servir un
député sous ce régime de figuration et dans cette
Constitution qui réduit le pouvoir législatif à sa plus
simple expression : donner l’illusion d’une volonté
populaire que le système de fraude généralisée se charge
par ailleurs de détourner. Pourtant, à sa modeste
dimension, le député version RPP se démène comme un beau
diable dans au moins deux rayons : l’intervention et
l’interpellation.
L’intervention tout d’abord : avec le
phénomène du bras-cassé, c’est une spécialité typiquement
djiboutienne, en tout cas dans sa banale quotidienneté.
Rares sont ceux qui, à tous les niveaux de l’échelle
sociale, n’ont pas un jour sollicité une démarche
d’intervention à laquelle tous les députés se prêtent
volontiers. Le système politico-administratif fonctionnant
sur la base du favoritisme partisan (qui connais-tu au
lieu de que connais-tu ?), intervenir au profit d’un
cousin ou d’un proche est la première raison d’être du
député. Il (et elle depuis peu) a trouvé un mécanisme de
clientélisme si rôdé qu’il lui serait bien prétentieux et
certainement suicidaire d’ignorer ou de remettre en cause.
La question de la contestation ne se
pose même pas, autrement il (ou elle) n’aurait pas été
coopté(e) dans ce rôle si son patron n’était pas sûr qu’il
(ou elle) accepterait ce rôle. Donc, le député djiboutien
mal élu vole d’intervention en intervention : plus qu’une
pratique mondaine que laisserait supposer une
fréquentation des couloirs bureaucratico-politiques
nettement supérieure à la moyenne mondiale (il suffit de
voir le monde qu’il y a à la Cité ministérielle), c’est
pratiquement son gagne-pain.
Le second beefsteak du député RPP,
c’est l’interpellation des membres du gouvernement lorsque
le calendrier des sessions oblige ces animaux politiques à
descendre dans l’arène parlementaire. C’est d’ailleurs le
seul pouvoir qu’une Constitution hybride, née dans
l’urgence d’un conflit civil, accorde aux représentants du
Peuple : gueule et rentre chez toi ! Justement, il y a
quelques jours, un de ces députés, peut-être plus affamé
que d’autres, a violemment interpellé un membre du
gouvernement. Tempête dans un verre d’eau : la petitesse
de l’exploit n’a d’égal que son caractère totalement
déplacé.
Ainsi donc, mais peut-être faut-il
mettre son agressivité sur le compte d’une indigestion
(certains repas copieux passent mal en saison chaude) un
député, apparemment l’intellectuel des petits bancs
parlementaires, a violemment pris à partie le Ministre
accessoirement de la Culture et principalement des médias
publics. Motif de son ire : pourquoi le gouvernement
tolère-t-il les dérives diffamatoires d’une presse
d’opposition qui n’épargne ni les personnes si les
institutions ? Et de se livrer à une confidence : lors de
ses voyages à l’étranger, ce député VIP/VRP frôlerait même
l’excédent de bagages puisqu’il transporterait de nombreux
exemplaires de cette presse infamante, histoire de
démontrer que Djibouti est plus tolérante que Washington
où le dernier film de Michael Moore, Palme d’Or 2004 à
Cannes, cherche encore distributeur. Et le Ministre
porte-parole du gouvernement de bafouiller, magnanime, que
c’est là un des effets pervers de la démocratie
djiboutienne, dont profiteraient l’opposition ingrate et
sa presse irresponsable.
Le seul problème, c’est qu’avant d’être
bon prince, il faut être prince : quand on accède à la
députation au terme d’une fraude électorale aussi criante
et que l’on ne respecte pas soi-même un minimum de
légalité, en ouvrant par exemple les médias publics à
toutes les sensibilités politiques, on est vraiment le
moins bien placé pour donner des leçons de tolérance ou de
responsabilité.
Au demeurant, chacun sait que la presse
d’opposition n’a pas à diffamer pour être persécutée, les
multiples procès d’intention intentés au Renouveau
et à son directeur de publication sont là pour nous
rappeler à quel point nous ne sommes qu’en sursis : tant
qu’il sera nécessaire pour le régime de singer la
démocratie, autant que les limites de l’humainement
supportable et du politiquement utile nous le permettront.
Surtout, ce régime de fanfaronnade n’ose oublier tout ce
qu’une réelle liberté d’expression doit au langage des
armes : armes dont le fracas a imposé la timide ouverture
politique de 1992 et armes dont le bûcher a imposé le
multipartisme intégral de 2002.
Contester des acquis, ce serait inciter à une nouvelle
lutte qui, elle, sera tout sauf parlementaire, l’appétit
de certains ténors de l’interpellation parlementaire
risque alors d’en être définitivement coupé.
Brèves nationales
Djib-Watch :
Un nouveau regard sur les droits de
l’homme ?
Selon l’hebdomadaire parisien « La
Lettre de l’Océan Indien » daté du 29 mai 2004, une
nouvelle organisation de défense des droits de l’homme à
Djibouti aurait été récemment créée au Canada. Fondée par
des Canadiens et des Djiboutiens, cette ONG serait
présidée par un Canadien ayant vécu vingt ans en
Centrafrique. Le vice-président, le trésorier et le
webmaster seraient des Djiboutiens vivant au Canada depuis
plus d ‘une décennie. Djib-Watch aurait déjà lancé son
site Internet (djibwatch.com). La situation chaotique des
droits de l’homme dans notre pays semble préoccuper nos
compatriotes émigrés au Canada. Rappelons que la diaspora
djiboutienne installée au Canada est composée en grande
partie de victimes de la mauvaise gouvernance ayant fui la
précarité. Cependant, on compte aussi parmi elle de
nombreuses familles de dignitaires du régime opportunément
mises à l’abri au cas où…
« Réalité » salue par principe la
naissance de Djib-Watch et suivra ses activités avec un
vif intérêt.
Presse nationale :
Un « Miroir » sans tain ?
La presse écrite djiboutienne vient de
s’enrichir d’un nouveau titre : « Le Miroir » dont le
premier numéro a été publié mercredi dernier, se veut un
journal indépendant. Imprimé sur papier glacé, ce mensuel
semble être sorti des rotatives de l’Imprimerie Nationale.
Apparemment peu astreint aux impératifs de rendement, son
tirage est limité à 300 exemplaires.
En parcourant ses pages, le lecteur
aura du mal à se faire une opinion sur ce journal
d’opinion qui se veut pourtant au centre. Tout juste
quelques piques maladroites en direction de l’opposition
et quelques traces d’une certaine promiscuité avec le
pouvoir de sa part semblent accréditer la thèse selon
laquelle d’anciens amis du Club Miroir des années 70 et
comptant un ancien ministre du gouvernement y officient.
En attendant que ces « centristes »
affirment leurs idées, « Réalité » salue par principe la
naissance de ce nouveau confrère et attend patiemment la
parution du numéro 2 de ce mensuel, afin d’apprécier la
justesse de son « combat pour la juste cause ».
Que d’eaux :
Il Jano contre Masafi
Même en doutant de la réussite du projet, parce que ce
régime réussit peu de chose à part la régression, le
gaspillage et la zizanie, nous avions sincèrement appelé
de tous nos vœux le succès du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh.
Las ! C’était encore pêcher par naïveté, preuve s’il en
est que ce régime n’a de tribaliste que l’apparence pour
mieux diviser ses concitoyens à l’approche d’importantes
échéances électorales. Ainsi, alors qu’Il Jano
reste désespérément introuvable sur le marché national,
sauf en Conseil des Ministres pour les besoins d’une
caméra complaisante, la délégation éthiopienne venue dans
le cadre des travaux de la commission mixte a eu droit, au
mépris de notre fierté nationale, à de centaines de
bouteilles d’origine émirati du nom de Masafi,
estampillées 27ème anniversaire de
la République de Djibouti.
Triste image de notre pays ainsi donnée
à la délégation d’une Ethiopie qui, en quelques années, a
spectaculairement diversifié sa production d’eau minérale,
proposant à côtés des antiques eaux gazeuses (Ambo,
Toosa et Babilé) des eaux irréprochables de
standard international telles que Highlands,
Aquafine ou encore Aquaddis. Et ce n’est pas
fini : chaque Etat régional peut promouvoir ses propres
eaux minérales même sur initiative privée.
Pauvre Il Jano, prise en otage
par un régime sectaire qui préfère la réduire à un mirage
tribal plutôt que de lui donner les moyens de devenir une
oasis pour toute la région Assajog.
Djib-Télécom :
Nouveaux panneaux pour nouveau départ ?
L’opérateur Djib-Télécom, dont la
gestion a récemment été confiée à des expatriés grassement
rétribués s’apprête, en vue de sa prochaine privatisation,
à se doter d’une nouvelle image. Annoncé pour juin 2004,
cette nouvelle image devant normalement symboliser un
nouveau départ, promet d’être une surprise.
S’agit-il tout simplement d’un nouveau
logotype (identification visuelle) ou d’une nouvelle
politique commerciale en direction des usagers ?
Quoi qu’il en soit, cette entreprise aiguise les
appétits des prédateurs du pouvoir et les méchantes
langues n’hésitent pas à affirmer que les nouveaux
panneaux qui fleurissent un peu partout en ville seraient
destinés, dans une deuxième étape, à la campagne de
l’illustre candidat cherchant lui aussi un nouveau départ.
Les sceptiques seront fixés à la rentrée.
Délestages :
Lampes-tempête pour maison en dur
Depuis quelques semaines, les
lampes-tempête sont de rigueur dans les quartiers
populaires, en raison des fréquents délestages opérés dans
certains secteurs de la Capitale. Chaque nuit,
l’électricité disparaît pour quelques heures, plongeant
une partie de la Capitale dans l’obscurité et la moiteur.
Pourtant, l’EDD claironnait il n’y a pas si longtemps
qu’un nouveau méga-groupe était en voie d’installation. En
attendant, ils sont des milliers de Djiboutiens à passer
chaque jour et chaque nuit de longues heures sans
électricité, sans que le grand chef, spécialiste du social
sans société, ne s’en émeuve outre mesure.
Quand la vie part en fumée
LUTTE ANTITABAC : IL NE FAUT PAS MEGOTER
La République des slogans, des banderoles et des
journées de célébration : ainsi pourrait-on définir la
vision que ce régime se fait de l’action politique, si
l’on met pour le moment de côté la distribution gratuite
de khat par les dignitaires en campagne. L’occasion de la
Journée internationale contre le tabagisme, célébrée lundi
dernier, ne déroge pas à cette règle et, comme le démontre
si bien le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé
(OMS) établi pour la circonstance, ce ne sont pas les
professionnels de la Santé qu’il convient de pointer du
doigt : la progression vertigineuse du nombre de fumeurs
dans les pays pauvres s’explique essentiellement par le
laxisme des pouvoirs publics.
Soucieux de coller aux impératifs
internationaux, et conscient du rôle mystificateur qu’il
est aisé de faire jouer par les médias publics, le régime
djiboutien a célébré comme partout ailleurs dans le monde
la Journée internationale contre le tabac, lundi 31 mai.
L’intention est louable, car il y a effectivement péril en
la demeure. Aussi, nous formons le souhait de voir les
pieuses intentions déclamées en cette circonstance se
transformer en une réalité palpable, sous la forme d’un
programme politique soutenu, constant. Mais, devant
l’absence de toute sensibilisation contre les méfaits du
tabagisme en dehors de cette seule journée internationale,
il est permis de douter que le sérieux s’impose au moins
en ce domaine.
En effet, il est tout d’abord
remarquable que les pouvoirs publics djiboutiens soient
incapables de fournir la moindre quantification, les
moindres chiffres sur l’étendue de ce désastre : aucune
statistique n’est disponible quant au nombre de fumeurs
dans le pays selon les diverses variables (âge, catégorie
socioprofessionnelle, niveau d’études, lieu de résidence,
nombre de cigarettes fumées par jour, type de tabac,
etc.). De même, aucune donnée chiffrée n’est disponible en
ce qui concerne le volume de tabac importé en République
de Djibouti et combien cela rapporte en termes de taxes et
surtaxes : une partie de ces recettes fiscales aurait
normalement servi à financer une campagne de prévention
cohérente et inscrite dans la durée.
Et cette démission des pouvoirs publics
n’est peut-être pas un hasard car aucun Etat digne ne peut
prétendre ignorer un tel flux de marchandises, à moins
qu’il ne le fasse exprès et qu’il y ait dans les instances
de décision des personnes n’ayant aucun intérêt à ce que
la transparence prévale en la matière. Djibouti semble de
plus en plus devenir la plaque tournante régionale d’une
contrebande de haute volée. Il suffit pour s’en convaincre
de recenser les sociétés de transit apparues depuis
quelques années ou de garder à l’esprit le contentieux
entre Djibouti et Hargueisa à propos d’un commerce
illicite de cigarettes ou encore l’énorme travail des
autorités centrales et régionales éthiopiennes contre
cette contrebande dont une part essentielle provient de
notre pays.
Donc, sans chiffres clairement établis par les services
gouvernementaux auxquels cette mission est normalement
dévolue, impossible de mesurer l’ampleur du fléau, donc
impossible d’en quantifier les incidences négatives au
niveau de la santé publique. Or, un minimum de
connaissance des réalités nationales suffit à établir un
constat alarmant : les Djiboutiens sont de plus en plus
nombreux et de plus en plus jeunes à fumer.
Ainsi, alors que les lycéens fumeurs étaient
extrêmement minoritaires dans les années 70-80 (il
s’agissait de rares brouteurs occasionnels), le tabagisme
est devenu tout à fait banal aujourd’hui, non seulement au
lycée, mais plus gravement dans les collèges
d’enseignement secondaire. Pour preuve, au lieu de la
cigarette pour l’achat de laquelle il lui faut parfois
affronter le regard inquisiteur de commerçants scrupuleux,
le jeune collégien se voit offrir, le plus légalement du
monde et pour la modique somme de 50FD, une pleine dose de
narguilé, Chicha dans les langues locales.
Même les petits baigneurs que la raréfaction des lieux
de loisir a poussé sous les fenêtres de la nouvelle
résidence du Premier ministre à la Brise de mer (on
connaît des dirigeants que cette foule aurait dérangés) se
voient proposer cette intoxication au sortir de leur
baignade du vendredi. Quant aux méfaits du tabagisme
passif (être obligé de supporter la fumée des autres dans
les lieux publics tels que bureau ou bus ), il est
totalement ignoré. Sans même parler des adultes, dont les
femmes sont de plus en plus adeptes (parce qu’elles sont
de plus en plus nombreuses à consommer du khat) de ce
tabagisme jugé plus soft et moins choquant que la
cigarette occidentale, où est au moins l’indispensable
protection des mineurs ? La démission à ce niveau, des
parents comme des pouvoirs publics, est tout simplement
criminelle !
Mais il y a beaucoup plus grave et il
serait dangereusement hypocrite de se voiler la face : les
jeunes s’orientent aujourd’hui vers des drogues bien plus
dures que le seul tabac. De petites pilules ont ainsi fait
leur apparition dans certains quartiers populaires, au
prix de 60 FD pièce : l’extasy est désormais disponible
sur le marché local et il semblerait que la demande soit
tellement supérieure à l’offre que son importation et sa
commercialisation sont de plus en plus contrôlées par
d’importants personnages bénéficiant de suffisamment
d’entrées dans les coulisses du pouvoir pour introduire et
écouler cette drogue en toute tranquillité.
Dans ces conditions, il est malheureusement illusoire
d’attendre une quelconque sincérité de la part d’un régime
dont des secteurs entiers vivent de la misère populaire :
si la lutte contre le tabagisme était réelle, les autres
fléaux qui contribuent tout autant sinon plus à la
dégradation du niveau et des conditions de vie de nos
concitoyens auraient également été combattus avec la
sévérité qu’exigent les désastres dont ils sont
responsables.
C’est donc au citoyen conscient de ses devoirs publics
et privés de protéger ses enfants et de donner le bon
exemple en se protégeant lui-même !
Interview de M. Noël Abdi à
la BBC
Dans le cadre du forum relatif à l’état
des Droits de l’Homme en République de Djibouti, la
section somali de la BBC a posé quelques questions au
Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, M.
Jean-Paul Noël Abdi. Voici la traduction de l’essentiel de
ses propos, se résumant à quatre points : 1) la Justice
doit tout d’abord être totalement indépendante, ce qui
n’est malheureusement pas le cas actuellement car, sans le
Conseil du Contentieux Administratif, la Justice
djiboutienne continue d’être bancale; 2) les organisations
internationales n’ont pas été associées, ne serait-ce que
pour nous aider ; 3) les partis politiques de
l’opposition, alternance démocratique, ainsi que les
syndicats libres n’ont pas été associés à la préparation
de ce forum et 4) il n’y a donc aucune utilité à aller à
ce forum où seuls les proches du régime ont été largement
conviés. En clair, pourquoi se rendre à ce forum les mains
dans les poches, juste pour applaudir, car aucun ordre du
jour n’a été communiqué ? CQFD.
BBC : Pouvez-vous nous dire pourquoi
vous n’avez pas participé au Forum sur l’état des Droits
de l’Homme organisé par le Gouvernement de votre pays ?
Jean-Paul NOEL ABDI : En fait, il y a
une conjugaison de plusieurs facteurs. Je suis membre du
Comité ad-hoc sur les Droits de l’Homme mis en place par
le Ministre de la Justice le 15 mai 2002.
L’objectif de ce Comité était de
préparer une conférence nationale sur les Droits de
l’Homme. En ce qui me concerne, je suis Président d’une
Association indépendante oeuvrant pour la promotion des
Droits de l’Homme. Donc, bien que ce Comité ad-hoc ait
travaillé depuis sa formation, ce forum qui est organisé
maintenant devait se tenir en principe au début de cette
année comme prévu.
Or, bien que nous ayons interpellé à
plusieurs reprises le Ministre de la Justice sur la date
réelle de la tenue de ce forum, nous n’avions obtenu
aucune réponse. Toutefois, nous n’avions pas manqué de lui
signifier que, pour pouvoir régler les multiples problèmes
de notre pays dans ce domaine, la participation de tous
devait être concrète et efficace.
Je vous précise au passage que si la
Justice n’est pas indépendante, il ne peut y avoir de
respect pour les Droits de l’Homme. Ces raisons ont été
pour quelque chose dans notre démarche auprès du Ministre
de la Justice chargé des Droits de l’Homme, afin que la
tenue de ce forum soit repoussée. Nous n’avons reçu aucune
réponse, y compris pour les précédentes requêtes. Ce qui
prouve que l’Etat djiboutien manque d’une réelle volonté
en la matière.
BBC : Qu’est ce que vous attendez
d’autre du Gouvernement ?
JPNA : Dans la mesure où le
Gouvernement a tenu à organiser ce forum tel qu’il l’a
prévu, nous souhaitons qu’il réalise une bonne fois pour
toute notre doléance principale plusieurs fois signifiée :
l’indépendance de la Justice. Dans l’état actuel, il n’y a
pas de respect pour les Droits de l’Homme. Je rappelle
qu’une loi datant de l’époque coloniale et utilisée
jusqu’en 1996 donnait la possibilité au citoyen ordinaire
de pouvoir porter plainte auprès d’une juridiction chargée
de réprimer tout responsable coupable d’un abus de pouvoir
et autres délits analogues.
Cette juridiction n’existe plus depuis
1996. Ce qui revient à dire que la paralysie imposée à
cette juridiction importante prouve à elle seule qu’il n’y
a pas une réelle justice ici.
Donc, ces constants faits, nous avons
écrit aussi bien au Ministre la Justice en charge des
Droits de l’Homme qu’à son collègue de l’Intérieur et de
la Décentralisation, pour un report de ce forum au mois de
septembre prochain.
BBC : Qu’est ce qui vous a
réellement poussé à demander le report de ce forum ?
JPNA : Tout simplement, d’une part le
fait que les associations des Droits de l’Homme
indépendantes du pouvoir n’y participent pas, d’autre part
que les partis politiques de l’opposition nationale n’y
participaient pas non plus. Or, pour pouvoir trouver des
remèdes aux problèmes du pays, leur participation est plus
qu’indispensable.
Dans ce forum tenu du 17 au 18 de ce mois, de nombreux
responsables étaient issus d’associations contrôlées par
le régime.
Seules ces dernières ont été invitées à
participer à ce forum, pas les organisations issues
véritables de la société civile. Aussi, dans la mesure où
ces organisations issues du peuple n’ont pas pu
participer, puisqu’elles sont celles qui accusent les
pires difficultés et qui ont des reproches à faire en
matière de justice et de droits de l’Homme, ce forum
n’aura aucune retombée sérieuse.
BBC : Est-ce que vous voulez que
tous les problèmes soient résolus d’une seule fois,
n’est-il pas plutôt sage de le faire par étape ?
JPNA : Je vous cite un dicton somali
qui dit que « c’est par les branches du dessus que l’on
commence pour la construction d’un enclos formé de
branchages d’acacias ». Par conséquent, il faut
d’abord restaurer la justice et donc les tribunaux. Je
suis pour ainsi dire convaincu que s’il y a une réelle
justice, les droits de l’Homme seraient, au moins dans sa
plus grande partie, respectés.
BBC : M. Jean-Paul êtes vous
opposant ou défenseur des Droits de l’Homme ?
JPNA : Il fut un temps ou j’étais
opposant. Je suis maintenant un défenseur des Droits de
l’Homme, ce qui veut dire que je dois dire la vérité sur
les manquements au respect des Droits de l’Homme d’où
qu’ils viennent. En ce qui concerne la différence entre
l’opposition et les défenseurs des Droits de l’Homme,
c’est que l’opposition étant politique, elle rejette la
gestion d’un individu responsable, politique aussi, et
œuvre pour son remplacement éventuel ; quant à nous, nous
surveillons le gouvernement et relatons ses dérives. Il en
va donc de notre responsabilité avec pour seul objectif de
veiller au respect des droits de l’Homme.
BBC : Pouvez-vous me donner des
preuves de ce non-respect des Droits de l’Homme de la part
du Gouvernement ?
JPNA : Je vous cite quatre preuves,
entre autres :
1- Il existe une juridiction chargée
de juger les délits commis par les responsables
gouvernementaux. Je vous dis que cette instance
judiciaire ne travaille pas depuis 1996. Depuis cette
date, nous n’avions pas cessé d’en parler, et nous
continuerons. Il faut que le Président de la République
donne instructions précises au responsable de la Cour
suprême pour que cesse ce vide juridictionnel. Le nombre
de plaintes déposées auprès de cette juridiction, qui
n’est autre que le Tribunal du Contentieux
Administratif, se monte à 180 dossiers. Nous-mêmes
avions déposé une plainte contre l’ancien Ministre de
l’Intérieur, et celle-ci reste à jour une lettre morte,
aucune réponse. La raison est en fait qu’il n’y a pas
une véritable justice.
2- La République de Djibouti a signé
des conventions avec le Bureau International du Travail
(BIT). Et pourtant il n’y a aucun respect pour les
travailleurs et leurs représentants ici.
3- Le gouvernement n’a rien fait en
ce qui concerne l’information sur les élections à venir.
Nous avons décidé d’œuvrer pour faire comprendre à la
population en quoi consistent ces élections et pour
vulgariser les lois. En tant que LDDH, nous allons
former la population sur cela. Nous lui présenterons des
supports expliquant dans les deux langues Afar et Somali
les Droits et les Devoirs de chacun en matière
d’élection.
4- Il
faut que le gouvernement instaure véritablement la bonne
gouvernance car elle seule peut
permettre d’éviter les conflits armés.
BBC : N’est-il important ou pas,
selon vous, que ces points auraient dû être présentés et
discutés au Forum ?
JPNA : Nous avons déjà écrit ce qui était palpable et
la façon dont chacun en particulier était concerné par la
justice et l’injustice. Le peuple dans son ensemble est
seul souverain pour dire s’il y a justice ou injustice.
Par conséquent, si je ne suis pas allé à ce forum, je peux
vous confirmer qu’étant membre du comité ad-hoc, donc
responsable, j’avais demandé au PNUD l’aide indispensable
pour la tenue d’un forum national sur les Droits de
l’Homme. Depuis cette doléance nous n’avons été aucunement
informés par le Ministre de la Justice, ni sur la date de
la tenue de ces assises, encore moins des démarches et de
l’Agenda le concernant.
Le djibouto-pessimisme
A PROPOS D’UNE REMARQUE MINISTÉRIELLE
Pour certains hommes politiques occasionnels ( à moins
que ce ne soit la mauvaise occasion qui fasse l’homme
politique jetable, comme les rasoirs Bic), l’amnésie
sélective et partiale procure la douce euphorie
insouciante qu’exige les comédies médiatisées auxquelles
le contraint le régime qui l’a recruté. Ainsi, feignant
oublier la lettre ouverte par laquelle l’UAD lui avait
poliment expliqué les raisons pour lesquelles il lui était
impossible d’honorer de sa présence le prétendu forum
gouvernemental placé sous son égide et consacré à la
situation des Droits de l’Homme en République de Djibouti,
le Ministre de la Justice s’est estimé dans l’obligation
de justifier notre absence. Donc, l’UAD aurait décliné son
invitation uniquement parce qu’elle serait pessimiste.
Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, nous sommes
tout à fait d’accord avec son envolée psychologique : tout
juste faut-il préciser dans quel registre se situe ce
pessimisme. En clair, est-il raisonnable d’espérer
transformer ce régime avec les armes d’une légalité qu’il
bafoue quotidiennement ?
« Pour accéder au pouvoir dans
certains de nos petits pays arriérés en démocratie,
l’opposition doit créer l’événement : soit se faire élire
sur un programme militant ralliant une majorité écrasante
d’électeurs, soit créer un climat insurrectionnel dans la
rue, dangereux car incontrôlable ; faute de lois pour tous
et d’institutions pour les garantir, ils exposent les
manifestants à la répression sanglante. Les élections
transparentes sont elles aussi jugées dangereuses : elles
risquent de provoquer le changement qui se solderait par
des déballages d’affaires illégales pouvant aller du délit
jusqu’au crime et dont l’issue serait fatale aux pachas
des régimes dictatoriaux. » Tel est le constat on ne
peut plus lucide que le ministre-philosophe dressait dans
son livre intitulé Indépendance, Démocratisation, Enjeux
stratégiques à Djibouti, paru aux Editions L’Harmattan en
mai 2002.
Donc, soit un miracle électoral, soit
le verdict de la rue. Seulement, l’auteur a expliqué en
long, en large et en travers pourquoi il était totalement
impossible que l’opposition démocratique remporte un
quelconque scrutin électoral à Djibouti où, à l’instar du
régime de Milosevic, le RPP peut frauder comme il veut
grâce au contrôle total qu’il exerce sur « 1) des
hommes en armes ; 2) des finances par des méthodes
maffieuses » et « 3) des médias afin de noyer d’une
propagande déroutante ceux qui peuvent seulement
comprendre les langues locales et ne peuvent faire de
comparaison avec d’autres informations pour se forger leur
propre opinion ».
Si le ministre-philosophe en charge de
la promotion des Droits de l’Homme a noté une quelconque
amélioration des pratiques gouvernementales sur ces trois
registres, nous lui saurions infiniment gré de bien
vouloir nous en informer. Quoique, selon nous, une partie
pas nécessairement féminine des hommes en armes continuent
sa danse du ventre partisane, la gestion des deniers
publics est sinon maffieuse, du moins illégalement opaque
et que les médias publics brillent plus dans un rôle de
griot que par le pluralisme de l’information qu’ils
proposent.
Donc, selon ce théoricien de la
révolution immobile, il serait illusoire de rêver un jour
conquérir le pouvoir de façon démocratique et pacifique :
« c’est là où le bât blesse, et c’est à ce niveau que
les démocrates doivent mener un travail de réflexion et
d’action politiques » conclut-il. Merci pour l’info.
La rue alors ? C’est-à-dire prendre
acte de ce que le régime est le premier (et souvent le
seul) à violer la légalité qu’il est normalement censé
appliquer et garantir ? Là, Monsieur le
ministre-philosophe commence sérieusement à intéresser
quelques praticiens en quête d’une théorie de la pratique
: peut-être devrait-il leur indiquer certaines lectures
idoines, telles que Sun Tsu, Rosa Luxembourg ou les
penseurs nombreux et pertinents des dévolutions violentes
du pouvoir ?
Le malheur c’est que les leçons de
l’Histoire donnent raison à notre penseur de la révolution
mais praticien de la compromission : c’est la rue,
c’est-à-dire la révolte populaire qui a le plus souvent
humilié et chassé les despotes qui se croyaient
inamovibles de droit du plus fort et assez malins pour se
déguiser en démocrates.
La plus récente démonstration de cette
implacable logique des fins brutales, c’est bien
évidemment la fuite à laquelle a été contraint l’ancien
Président pourtant démocratiquement élu d’Haïti, le père
Aristide. Quand le despote ne peut même pas se prévaloir
de la sincérité des urnes, quoi que s’illusionnent ses
médias tous azimuts, la chute n’en est que plus
inéluctablement brutale.
Dans ces conditions, le
ministre-philosophe aura certainement compris, au moins
lorsque les immenses charges de sa figuration politique
lui laissent le loisir d’une introspection méditative,
pour ne pas dire contemplative, les raisons pour
lesquelles l’opposition n’a pas jugé utile de perdre son
temps dans le spectacle qu’il avait si gentiment préparé à
notre intention.
A défaut de sa compréhension, nous restons persuadés
que ceux qui attendent le vrai changement, et non sa
grotesque illusion de 1999, auront compris le sens de
notre démarche : c’est ailleurs qu’il faut bouger pour
faire bouger les choses.
Obock : un
petit tour (médiatisé) puis s'en va
« Depuis le lancement de la politique
de décentralisation par le gouvernement en 1999, Obock
s’est dotée d’un conseil régional provisoire qui est
constitué de 14 membres de la société civile et qui compte
3 femmes en son sein. Bénéficiant d’une subvention de 50
millions FD comme fonds de développement communautaire, le
conseil régional d’Obock a du mal à démarrer et la liste
des doléances que les notables et membres du conseil
régional soumettront au Président de la République est
longue. C’est sur le sujet de la décentralisation, avec
les acquis, les problèmes entravant sa bonne marche et les
perspectives d’avenir que seront axées les discussions
entre le Président de la République et les notables
obockois. » Ces quelques lignes sont tirées des
Cahiers de l’ADI, n°2, mars 2002. Le Chef de l’Etat s’y
est donc rendu à l’époque, 2 ème
étape d’une longue tournée préélectorale, préparant les
législatives de janvier 2003. un petit tour et puis s’en
va : plus de deux ans après, les problèmes demeurent.
Nombreux sont ceux, aujourd’hui déçus,
qui figuraient en 1995, lors de la pose de la première et
seule pierre pour la Réhabilitation d’Obock, dans le
comité d’accueil qui, en toute bonne foi, applaudissait
chaleureusement le lancement de ce programme. Pourtant,
des millions de dollars américains ont été engloutis, sans
qu’aucune maison en planches n’ait été réhabilitée. Dix
ans plus tard, cela fait maintenant dix jours que la
première Capitale du pays est privée d’électricité, au
plus fort de la suffocante humidité du mois de mai. Les
moustiques s’en donnent à cœur-joie. Le dispensaire
regorge de malades atteints de paludisme…
Il convient de rappeler que le groupe
électrogène aujourd’hui en panne a été gracieusement
offert par un généreux donateur : l’Etat djiboutien
préfère donner ces unités électriques aux voisins plutôt
que d’électrifier ses propres villes et villages. De plus,
que l’Etat et son conseil régional soient incapables
d’entretenir un don privé en dit long sur leur mépris
envers nos concitoyens.
A la mi-février 2002, une équipe de
journalistes de « La Nation » se rend en reportage
à Obock et constate que « le conseil régional d’Obock,
confronté à divers problèmes et dont le bilan d’activités
s’annonce très déplorable (sic), n’arrive pas à
répondre aux attentes des Obockois ; problèmes dus
notamment au déficit financier et technique et aux
non-réalisations des projets qui s’expliquent en grande
partie par le retard des prises des décisions… », nous
apprenant qu’à sa formation, le conseil régional avait à
sa disposition 50 millions FD comme fonds destinés au
développement communautaire et que selon le Commissaire de
la République, il n’avait « consommé que la moitié de
ce fond.» Donc, depuis sa création à mars 2002, il
aura disposé que de 50 millions FD…
De toutes les façons à Obock comme dans
la Capitale, faute de compte rendu public, l’opacité
ambiante autorise toutes les hypothèses. Le Chef de
district de l’époque en a cependant retenu une, plausible,
expliquant que « la non-réalisation de divers projets
incombe à la Direction de la décentralisation du ministère
de l’Intérieur qui ne s’est toujours pas prononcée sur ce
sujet. » Sans manquer de recommander « une
autonomie financière urgente et importante »,
pour ne pas être tributaire de « décisions qui ne
viennent pas ». Sans commentaire!
Nos lecteurs savent ce que nous
dénonçons régulièrement dans nos colonnes : l’inadmissible
tutelle exercée par une administration djiboutoise
totalement déconnectée des réalités locales. Tout le monde
sait depuis que nous l’avons souligné dans une de nos
éditions, que les budgets cumulés de l’ensemble des
districts représentent 1% du Budget national. Comment dans
ces conditions, nos dirigeants et mal élus, osent-ils
encore parler de décentralisation et de développement
régional ? De qui se moquent-ils ?
Il y a exactement un an, en mai 2003, Obock a connu
plusieurs semaines sans électricité. Ses habitants se
souviennent que nous avions été, avec notre confrère Le
Renouveau, les seuls à l’avoir condamné. En septembre de
la même année, un pompeux et très médiatisé séminaire sur
le développement décentralisé d’Obock a eu lieu, sans
suite, comme tous les séminaires et autres états généraux
qui ont décoré ce sextennat qui, heureusement, prendra
bientôt fin. Inutile mandat durant lequel les habitants
d’Obock ont dû se contenter de paroles creuses.
Quand on sait, à en croire le gouvernement, que la
décentralisation est depuis l’Indépendance inscrite dans
nos lois et est effective depuis 1994, puis 1999, que
signifie le « s’entourer au préalable de toutes les
précautions nécessaires à ce genre d’entreprise » par
quoi les faux experts prétendent freiner la marche de la
décentralisation ? Est-ce de l’adoption de ce projet de
loi faisant main basse sur toutes les ressources
exploitables du pays qu’il est question ?
N’eût été le holà opposé par l’opposition vigilante,
c’était une privatisation en douce des 23000 km2 qui se
préparait. Notre microscopique portion de la terre d’Allah
ne demande qu’à justement être administrée et mise en
valeur dans le respect de ses habitants et non pas
privatisée au profit d’intérêts inavouables et
spéculatifs. En attendant, Obock est sans électricité,
donc à peu près sans eau, à moins d’aller se ravitailler
au puits de Tikibleyta : c’est cela, le développement à
reculons.
Lâche moi ? les baskets
DE Y.A.C à KA YAACAY
Décidément, alors que le Chef de l’État y voyait
maladroitement un scandale franco-français, l’affaire
Borrel est en train de devenir ici un contentieux
djibouto-djiboutien. C’est ainsi que nos dernières
publications s’y rapportant ont suscité, sous diverses
formes et pour le moment dans l’inimitable pamphlet du RPP
dont, chacun le sait, le premier responsable n’est autre
que le Chef de l’État et président du Conseil Supérieur de
la Magistrature, des répliques aussi violentes que
disproportionnées.
Pari gagné : nous avions promis que
nous laisserions au régime le monopole de l’insulte,
dépossédé qu’il serait de toute argumentation crédible. Sa
presse partisane vient de le démontrer de façon
lamentable. C’est tout d’abord une leçon de philosophie
politique qui nous est donnée à travers une réflexion sur
la djiboutianité. A ce chapitre, notre position a toujours
été claire : seul un père qui prend bien soin de ses
propres enfants a le droit de prétendre adopter ceux
d’autrui. Quand un individu qui se perd dans
Djibouti-ville, qui ne sait même pas où se situent
Daasbiyo ou Yoboki, sans même parler de Randa ou d’Assa-Gayla,
se retrouve du jour au lendemain ambassadeur de Djibouti
quelque part, uniquement parce qu’il est né dans une
minuscule section des Bah Fourlaba, nous disons qu’il y a
un problème de citoyenneté et d’inégalité entre les
citoyens. Pour le reste : que ceux qui se sentent morveux
se mouchent !
C’est ensuite sur toute la page 9 du
numéro 109 du « Progrès » le grand écart du régime
pour désespérément essayer de se disculper dans la mort
d’un seul ressortissant français en République de
Djibouti. A cela, nous ne répondrons qu’une seule chose
pour le moment : nous n’admettrons jamais que la mort du
juge Borrel devienne l’arbre qui cache la forêt. Il y a
depuis le 27 juin 1977, plusieurs centaines d’innocents
civils djiboutiens qui ont été sauvagement exécutés sans
autre forme de procès par certains éléments des forces de
défense et de sécurité auxquels l’idéologie de la sécurité
politique expliquait qu’il s’agissait d’instaurer une
suprématie tribale.
Or, comme chacun le sait à la seule
lecture de la biographie officielle du «numéro un
djiboutien», la consolidation de l’unité nationale
relevait, de 1977 à 1999, des seules prérogatives du Chef
de cabinet de la Présidence. Au vu du désastre national de
cette gestion, les vrais Djiboutiens savent mieux que
quiconque s’il faut parler d’incompétence criminelle ou de
sabotage délibéré. Alors, l’affaire Borrel : c’est le
dernier de nos soucis ! Si les centaines de civils
exécutés, les milliers de torturés sans raison et les
dizaines de milliers de déplacés et aujourd’hui encore
démunis pour cause de zones dévastées par le conflit en
attente de réhabilitation, pouvaient faire couler autant
d’encre et de salive, provoquer la mobilisation des juges
et des avocats locaux, la réconciliation nationale y
gagnerait certainement en crédibilité, la culture de paix
en enracinement et la démocratie en densité.
A moins de supposer que la mort d’un
Français est supérieure aux malheurs d’innombrables
Djiboutiens, malheurs dans lesquels la culpabilité ou la
complicité de l’actuel Chef de l’État sont formellement
établies.
C’est enfin, comme quoi la bassesse de
ce régime n’a pas de limite, une insulte contre M. Dini,
que nous nous faisons un devoir de soumettre au jugement
critique des vrais Djiboutiens (puisqu’il semble y en
avoir de faux). Sur cette même page 9 ainsi que dans un
courrier de lecteur paru en page 8 sous la signature d’un
certain Y.A.C, M. Dini est accusé de « poltronnerie
» et de « lâcheté exemplaire » jamais démenties
depuis la période coloniale, tandis que l’actuel Chef de
l’État est paré de toutes les vertus de courage et de
probité. Ceci nous ramène à notre point de départ : il y a
de toute évidence un problème de djiboutianité ou un
complexe de fausse djiboutianité dans ces insultes. Nous
insistons, il faut être des D17 et suivants mal dans leurs
pièces d’identité djiboutienne et ignorant tout de notre
Histoire contemporaine pour oser une telle translation, en
transférant sur leur patron les qualités que les vrais
Djiboutiens ont toujours reconnu au Président de l’ARD.
Alors qu’à peine âgé de 17 ans, ce
dernier a participé en 1949 à une manifestation violemment
réprimée, et dont le bilan s’était soldé par un mort,
plusieurs blessés et arrestations, tel autre fraîchement
diplômé de l’Alliance Ethio-Française (niveau primaire)
débarquait à Djibouti pour « courageusement » s’engager
dans les plus basses besognes de la police coloniale.
C’est ainsi que, lors d’un mémorable meeting de la LPAI,
au cinéma Le Paris en 1975, au cours duquel Ahmed Dini
mobilisait les foules sur le thème de l’Indépendance, un
inspecteur de police (toujours le même) était venu sur les
lieux en service commandé pour prendre des photos et
enregistrer les propos.
Enfin, tous les militants
indépendantistes savent qu’aux heures les plus chaudes de
la lutte, M. Dini était toujours soit en tête des
manifestations, soit à appeler au calme et à la fraternité
les différentes communautés que les suppôts politiques et
policiers de la puissance coloniale avaient montées les
unes contre les autres. Alors, lâche-moi les baskets, tu
n’as aucune leçon de courage ou de patriotisme à nous
donner ! Combien même nous voudrions pardonner le passé
colonial ou postcolonial, le présent immédiat depuis
février 2000 ne plaide pas en faveur de ton innocence. On
comprend donc mieux pourquoi les griots du Chef de l’État
préfèrent ennuyer les Djiboutiens avec l’affaire Borrel.
Pour notre part, si Jeune Afrique/L’Intelligent s’est
permis de déprogrammer la seconde partie de l’interview
présidentielle, notre lecteur comprendra aisément que nous
nous accordions le droit le déprogrammer la seconde partie
des Tribulations Présidentielles que nous avions promise
cette semaine : c’est remplacé par des sujets plus
brûlants et plus importants que ses élucubrations
mercantiles et électoralistes. Nous y reviendrons donc
dans le numéro suivant.
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