01/04/2008 Affaire Borrel -
le mystère s'éclaircit
Affaire
Borrel - le mystère s'éclaircit
All Africa Français, 31 Mars 2008
La justice française a posé un acte
révolutionnaire dans les annales des relations entre la
France et Djibouti.
En
condamnant deux dignitaires du régime djiboutien pour
"subornation de témoins" dans l'affaire Borrel, elle met
fin à une longue période d'incertitudes sur sa capacité à
s'émanciper des enjeux politiques. Depuis 1995 que le juge
Bernard Borrel a été retrouvé mort à Djibouti, la
procédure judiciaire piétinait, à cause des interférences
politiques.
Le
président Jacques Chirac semblait avoir opté pour la
préservation des intérêts géostratégiques de Paris, au
détriment de la vérité sur la mort de son compatriote. Car
la France dispose à Djibouti de sa plus grande base
militaire à l'étranger. Et comme le président de ce pays,
Ismael Omar Guelleh, est suspecté d'être le commanditaire
de l'assassinat du "juge fouineur", on comprend que
Chirac, au nom des intérêts mutuels entre les deux pays,
n'ait rien fait pour permettre à la justice d'avancer.
Moins d'un
an après l'arrivée au pouvoir de Nicolas sarkozy,
l'affaire est presque pliée, avec la condamnation par
contumace de deux proches de Guelley, assortie de mandats
internationaux d'arrêts. Au moins dans ce dossier, la
rupture sarkozienne apparaît de façon nette et fait
espérer également une accélaration de la procédure
concernant l'autre affaire embarrassante pour la France,
la disparition de Guy-André Kieffer, le journaliste
franco-canadien, en Côte d'Ivoire.
Là aussi,
le mode opératoire pour éliminer un témoin gênant est le
même qu'à Djibouti et met en cause les plus hautes
autorités de l'État. Dans ces deux dossiers devenus
affaires d'État, l'indépendance de la justice a souvent
été mise à mal.
Pour une
démocratie comme la France, le choix doit cependant être
clair entre protéger des dirigeants assassins au nom
d'intérêts bilatéraux, et veiller à l'application stricte
du droit.
Pour le
cas du juge Borrel, Sarkozy semble avoir opté de sécher
les larmes de la veuve pour qui seule la lumière sur la
mort de son mari compte, au-delà de tous les calculs
politiques.