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Dernières nouvelles - Édition en Ligne de Juillet 2009
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Directeur
de publication : Mohamed Ali Abdou. Codirecteur :
Mahdi Ibrahim A. God. Email :
realite_djibouti@yahoo.fr
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09/07/2009 Communiqué du MRD
le 9 juillet 2009
04/07/2009 Compte rendu du
forum djiboutien du 27 juin 2009 à Bruxelles :
interventions de Cassim Ahmed Dini, Mohamed Daoud Chehem,
Ali Coubba
Communiqué du
MRD le 9 juillet 2009
Mouvement pour le
Renouveau démocratique et le Développement
(Ancien PRD)
Cité Poudrière Avenue Nasser
Tel : (00253) 34 23 99/82 95 23
BP : 3570
Djibouti
COMMUNIQUE DE PRESSE
Bruxelles, le 9 juillet 2009
Samedi 4 juillet 2009, le président Ismaël Omar Guelleh a
envoyé les forces de l’ordre et sa garde personnelle contre de
paisibles habitants de Balbala, qui disaient non au
démantèlement arbitraire et injuste de leurs modestes
habitations. Des accrochages s’en sont suivis entre les
citoyens en légitime résistance et les hommes en uniforme.
Selon nos informations, policiers et gardes présidentiels ont
tué cinq de ces habitants de Balbala dont deux enfants qui
auraient succombé au gaz lacrymogène abusivement utilisé
contre le quartier. De nombreux autres habitants et plusieurs
policiers ont également été blessés.
Le
même jour, plusieurs logements du quartier populaire d’Arhiba
et une partie du Palais du Peuple ont été ravagés par deux
incendies séparés, qui demeurent inexpliqués.
Ces événements largement imputables au régime interviennent
dans un climat de malaise social profond, qui s’exprime de
manière croissante et sous diverses formes dans les quartiers
populaires de la capitale comme dans les villes de province.
Jour après jour, les risques d’explosion sociale et de guerre
civile, s’aggravent sur l’ensemble du territoire national.
Sans que le régime ne prenne la mesure de la situation et ne
réponde aux aspirations populaires de démocratie, de justice
et de bonne gouvernance.
Encore une fois, nous condamnons haut et fort
l’irresponsabilité dangereuse et les exactions contre les
civils du pouvoir en place et exigeons qu’il y soit mis fin
sans délai.
Nous présentons nos condoléances aux familles des personnes
tuées et notre sympathie à celles des blessés et aux victimes
des incendies.
Nous invitons les Djiboutiennes et Djiboutiens à resserrer les
rangs face à la dictature. Nous invitons aussi les hommes en
uniforme à désobéir aux ordres de violence arbitraire de ce
régime illégitime contre leurs concitoyens.
M. Daher Ahmed
Farah,
Président du MRD
Compte rendu du forum djiboutien du 27 juin 2009 à Bruxelles
FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN 2009 A
BRUXELLES
UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE PAR LA
DICTATURE
***
LA PLACE DE LA DIASPORA DANS LE COMBAT DEMOCRATIQUE
Intervention de Cassim Ahmed Dini
Un aveu : je
ne me suis jamais senti concerné par un 27 juin ! Pourtant,
simple constat d’état civil, je devrais avoir au moins une
raison de plus que d’autres d’y accorder une importance
particulière. Mais, sachant que celui qui a proclamé
l’Indépendance n’a jamais été invité à aucune de ses
célébrations et qu’il n’a eu droit à aucun égard officiel le
jour de son décès, on comprendra aisément que j’ai toujours eu
quelques réticences quant à la célébration de cette date.
Plus
gravement, il y a à cela une raison disons collective : le
fait que l’hymne national ne soit chanté que dans une seule
langue montre de façon brutale que tout les Djiboutiens ne
sont pas les bienvenus dans l’espace politique. Non pas que
tous les somalophones considèrent que l’Indépendance leur
appartient en exclusivité, loin de là, mais il est clair que
les locuteurs des autres langues du pays sont interdits de
s’approprier ce moment fondateur de l’identité nationale.
Etant enfin entendu que le caractère discrimination et
anticonstitutionnel des paroles de l’hymne national
djiboutien, dans lequel je ne me reconnais absolument pas, est
l’expression d’une inacceptable réalité : la citoyenneté à
deux vitesses instituée par le régime issu du 27 juin 1977
dont mon ami Mohamed Daoud Chehem vient à l’instant de dresser
les principaux méfaits historiques.
Toute cette
introduction pour vous donner une petite idée de tout le
travail de violence sur soi qu’il a fallu à certains d’entre
nous pour être présents ici aujourd’hui : remercions-les.
Comme il
s’agit de vous donner une petite idée l’énorme détermination
déployée par les membres du comité d’organisation, tous issus
de la société civile, afin de rendre possibles ces premières
retrouvailles entre compatriotes pour, non pas fêter, mais
plutôt rendre utile, ici à Bruxelles, un 27 juin de
l’opposition : remercions-les.
Si nous sommes
ensemble aujourd’hui, c’est parce qu’une même conviction nous
anime : refuser les cloisonnements ethniques et claniques dans
lesquels le régime dictatorial qui asservit notre Peuple dans
son ensemble tente obstinément d’enfermer la majorité qui lui
est opposée. Cette même conviction d’unité dans l’action anime
l’UAD, dont est membre l’ARD que je représente officiellement
en ma qualité de Délégué plénipotentiaire à l’étranger.
Les nombreuses
tentatives d’agents du régime infiltrés pour saboter notre
rencontre montre à quel point la communauté djiboutienne
installée en Belgique est devenue un enjeu politique. Une
délégation de prétendus réfugiés s’est même rendue à Djibouti,
aux frais du contribuable djiboutien, pour chanter les
louanges d’une dictature qu’ils prétendent avoir fui : la
bêtise et le ridicule sont par définition insondables !
Se réunir
entre concitoyens pour débattre des problèmes de notre pays
est hautement subversif. Pour la dictature, il est donc
fondamental de ne pas laisser s’organiser les Djiboutiens
installés à l’étranger car, libérés des urgences quotidiennes
de survie, ils ont le temps et les moyens de s’engager dans
l’action démocratique. C’est pour cela que l’opposition
nationale accorde l’importance qui lui revient à leur
conscientisation et à leur mobilisation : nous avons besoin de
vous !
Encore faut-il
pour cela que notre communauté exilée se sente concernée par
les conditions de vie dramatiques imposées à nos concitoyens
par un régime à l’agonie. Si j’emploie le terme communauté au
lieu de diaspora, c’est parce qu’une diaspora suppose une
prise de conscience agissante que l’on ne trouve, hélas, pour
le moment qu’à l’état embryonnaire. Il est urgent, et c’est le
message que je suis venu vous délivrer aujourd’hui, que vous
vous conduisiez en dignes filles et fils d’un Peuple qui, sans
attendre son salut de l’extérieur, s’attend au moins à ce que
vous participiez activement au combat pour l’amélioration de
ses conditions matérielles et symboliques d’existence, pour la
restauration de sa dignité.
Trois
impératifs se dégagent :
1. C’est une
condition sine qua non dans le Coran : avant de prétendre
changer les choses au niveau collectif, il faut soi-même
changer au niveau individuel. C’est-à-dire que l’exilé doit
d’abord être conscient des raisons et des implications de son
exil et tout faire pour améliorer ses conditions d’existence.
Ne pas se contenter de vivre en assisté sur le dos de la
société d’accueil, mais se former, s’éduquer et travailler.
Avec ses ressources, il pourra déjà être utile pour sa famille
restée au pays.
2. Rester dans
son coin à ne penser qu’aux siens ne suffit pas : il faut
ensuite militer au sein d’associations diverses et variées.
Par exemple, envoyer des livres scolaires ou des médicaments à
un quartier, un village ou une région, est un acte de très
haute portée : de l’extérieur, cela contribue à vivifier la
solidarité communautaire. C’est pourquoi je vous incite
fortement à cultiver l’esprit associatif en vous
affranchissant des insularités de toutes sortes.
Rassemblez-vous aussi au sein d’une association de défense des
droits de tous les Djiboutiens pour dénoncer les exactions que
le régime commet tous les jours contre toutes les composantes
de notre Peuple.
3. Enfin, le
penchant à la familiarité de mabraze peut conduire les membres
de la communauté djiboutienne en exil à ignorer
l’incontournable hiérarchie de terrains de lutte. La
contribution que les partis d’opposition attendent de vous est
certes nécessaire et souhaitée, mais elle ne sera jamais qu’un
renfort aux actions concrètes et multiformes qui se déroulent
dans notre pays. Le Peuple qui combat la dictature est par
définition resté à Djibouti, la diaspora est à son service :
elle n’est ni un guide ni une quelconque avant-garde, encore
moins un gouvernement en exil. C’est pourquoi je vous exhorte
à devenir membres, militants ou sympathisants du parti
d’opposition de votre choix. Il est inconséquent de participer
à un forum politique tel que celui d’aujourd’hui et n’adhérer
à aucun parti. Par votre mobilisation ici, vous amplifierez le
bruit de l’inévitable révolte populaire. Par votre
contribution financière, vous renforcerez les capacités
d’action des partis politiques d’opposition pour en finir
pacifiquement avec un régime de parti unique qui s’est
accaparé toutes les richesses du pays.
A l’occasion
du premier anniversaire de son premier mandat, le dictateur a
déclaré que la communauté djiboutienne en exil était composée
non pas de réfugiés politiques, mais uniquement de réfugiés
économiques qui avaient préféré fuir à la recherche d’une vie
matériellement plus facile au lieu de rester en se mettant au
service du pays et du Peuple.
Démontrez-lui
encore plus fort qu’il a tort dans sa médisance en oeuvrant
massivement à sa chute, de l’extérieur et en concertation avec
toutes les forces de changement qui luttent à l’intérieur.
Etant ici
avant tout pour écouter et échanger, je vous remercie de votre
attention.
FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN
2009 A BRUXELLES
UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE PAR LA
DICTATURE
***
De
l’indépendance à la dictature : bilan politique, économique et
sociale
Intervention de Mohamed Daoud Chehem, Président du PDD, Parti
djiboutien pour le développement
Pour ne pas
prendre beaucoup de temps, mon intervention sera axée sur les
premières années de l’indépendance où les dérapages vers la
division et la dictature ont commencé. Beaucoup d’entre vous,
surtout les moins de 40 ans, ne connaissent pas cette période.
Il faut justement la connaître, non pas pour faire le procès
des son auteur mais pour bien préparer notre avenir en évitant
les erreurs du passé.
Quant à la
période d’IOG, nous y vivons. Presque tout le monde connaît la
situation dans le pays. Moi, j’ai préparé le bilan de dix
années de pouvoir d’IOG, j’ai quelques exemplaires avec moi et
je peux vous le donner. Par contre, je veux rappeler d’IOG les
trois années avant qu’il accède à la présidence pendant
lesquelles il a eu le plein pouvoir sur presque tous les
ministères par décret présidentiel en Avril 1996.
Bien qu’il y
ait eu quelques tiraillements au début, nous avons pris
l’indépendance dans l’UNITE.
Premier accroc
à cette unité : signature de l’ordonnance du 30 Juin 1977
attribuant les fonctions du chef du gouvernement au Président
pendant que le Premier Ministre est absent en mission à
l’étranger.
Deuxième
accroc grave : à la suite de l’attentat du palmier en zinc du
15-12 1977, au lieu de se limiter à l’arrestation des
personnes soupçonnées, il y a eu la chasse à toute une ethnie.
Cela a conduit déjà à la division et le départ des jeunes vers
l’Ethiopie prendre les armes contre le pouvoir de Gouled.
Troisième
accroc : en 1978, ce fut le tour des anciens membres de l’unicas
de subir la répression. C’était un groupe choisi pour leur
appartenance à une communauté donnée.
Création du
RPP le 04 mars 1979, mais pas encore déclaré parti unique.
Quatrième
accroc : en 1981, les poids lourds de la politique
Djiboutienne ont tenté de créer un parti d’opposition PPD (
feu Ahmed Dini, Abdallah Kamil, Moussa Ahmed, Omar Osman Rabeh,
feu Mohamed Ahmed Cheiko, feu Mohamed Saïd, etc….). Arrêtés et
emprisonnés à damerjog illégalement.
Cinquième
accroc : en mai 1986, Monsieur Aden Robleh quitte le pays,
alors ministre, avec six de ses amis. A suivi répression sur
ses proches et ses partisans.
Sixième
accroc : 27 septembre 1990, à la suite de l’attentat de café
de Paris, une composante nationale a été victime d’une
répression féroce. Par la suite innocentée mais le mal a déjà
été fait.
Déjà nous
avions glissé vers la dictature sur le plan politique. Ce qui
a conduit à la guerre civile de 1991.
On peut quand
même reconnaître au feu Gouled que :
Il a laissé
l’Administration et les institutions républicaines intactes.
L’Etat existait et son autorité aussi. Il respectait ses
Ministres.
Il ne
cherchait pas à s’enrichir même s’il fermait les yeux sur les
détournements que font les autres. Un jour en plein conseil
des Ministres, il a remis au Ministre des finances un chèque
d’un million de dollars qu’un émir du golfe lui avait donné à
titre personnel.
Il respectait
la légalité. Une fois, pour faire libérer son appartement
personnel par un occupant qui résistait, il n’a pas cherché à
lui envoyer la police ou les gendarmes, mais tout simplement
il a porté plainte contre lui auprès du tribunal dont le
jugement a pris deux ans.
Période avant
son accession à la présidence d’IOG :
Dès
l’indépendance, la RTD a été rattachée à la présidence de la
république, sous tutelle du chef de cabinet :IOG.
En avril 1996,
IOG a eu plein pouvoir par décret présidentiel qui plaçait
presque tous les ministères sous sa tutelle.
Il a donc
commencé à fermé dès 1996 deux établissements publics : ONAC
et EPH qui n’avaient aucun problème financier. Aujourd’hui,
l’absence de l’ONAC se fait sentir par la population. Cet
établissement chargé de réguler le marché des denrées
alimentaires, aurait pu jouer son rôle de régulateur au moment
de la hausse vertigineuse des prix.
Entre 1996 et
1998, il a fait diminuer de 35 à 40%, les salaires des agents
de l’administration. Ceux-là qui constituaient la classe
moyenne sont tombés dans la pauvreté.
Il a fait
fusionner la Police nationale à la FNP.
Devenu
Président, il a continué sur sa lancée de 1996 à détruire
toutes les institutions républicaines. Consulter le bilan de
dix années de pouvoir d’IOG.
Pour sortir le
pays de cette situation, il faut refaire l’unité qu’il y avait
eu au début de l’indépendance et se mobiliser contre la
modification de la Constitution aussi bien à l’intérieur qu’à
l’extérieur.
FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN
2009 A BRUXELLES
UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE
PAR LA DICTATURE
***
MAHMUD HARBI, LE
PIONNIER DE L’INDEPENDANCE DE DJBOUTI
Intervention du Docteur
Ali Coubba, historien, Président de Ugutu-Toosa
Pour la commémoration du 32ème anniversaire de
l’indépendance de Djibouti, une affiche est publiée à
Ottawa. On y note d’abord la sur-représentation des
membres de la communauté somali. On y dénombre quinze
Somali, un Afar et un Arabe ? Les images, dit-on, disent
plus que le texte. En observant ces photos, il vous vient
à l’esprit une série de questions. Les Somalis ont-ils été
plus précoce et plus nombreux à exiger la libération de
Djibouti ? Oui. Oeuvraient-ils pour l’indépendance de
Djibouti seulement ? Non. En effet, il faut expliciter ce
que les Somali entendaient par « indépendance ». En tout
cas les Afar ne pouvaient apporter leur caution à
l’indépendance caressée par leurs concitoyens d’origine
somali. Le nationalisme de Mahmud Harbi et son engagement
précoce expliquent ce contentieux. De leurs côtés, les
Français, les Ethiopiens et une partie de la population
djiboutienne (en particulier les Somali) n’imaginaient pas
que la Côte française des Somalis puisse accéder à la
souveraineté internationale.
1) Mahmud Harbi : une instruction très limitée
Né à Ali-Sabieh vers 1921, Mahmud Harbi était un Somali
Issa, du clan Fourlaba. Il avait fait ses études dans sa
ville natale. Nous ne sommes pas sûr qu’il soit né
vraiment dans cette localité. Il avait sept frères et
sœurs. Sa scolarité fait l’objet de controverse. En
recoupant les informations, elle semble avoir été très
limitée. Thompson et Adloff, dans Djibouti et la corne de
l’Afrique, écrivent que « Hassan Gouled …était plus
instruit que lui ».Ils ajoutent également que Harbi était
« dépeint comme un "illettré aussi bien en français qu'en
arabe »[1].
De son côté, Maurice Mécker, Chef du Territoire de la Côte
française de 1957 à 1958, affirme que le député du
territoire (1956) manquait d‘instruction quand il est
entré en politique. Compte tenu de la qualité du portrait
de Harbi dans « Djibouti 1958 : l’homme du non », je donne
du crédit à ce témoignage. En revanche, le député
djiboutien maîtrisait le somali. Il passait pour un
tribun. De plus, son charisme fait merveille au lendemain
du référendum de 1958.
2) Les grands évènements et évolutions qui agitent le
monde
Lorsque Mahmoud Harbi accède à la fonction la plus élevée
dévolue à un autochtone en juin 1957 – poste de
vice-président du Conseil de gouvernement nouvellement
créé par la Loi-cadre – on observe trois évolutions. Au
niveau international, la Seconde Guerre mondiale est
passée par là. Les mentalités ont changé. Les colonisés
veulent plus de progrès et d’émancipation. En métropole,
le gaullisme commence à s’agiter. Le R.P.F. (Rassemblement
pour la France) rêve le retour du général de Gaulle et il
est très actif. Jacques Foccart sillonne l’Afrique
francophone. En Côte française des Somalis, les
Djiboutiens citadins commencent à rêver mais modestement.
Plus que tout autre évènement, l’indépendance de la
Somalia italienne, annoncée pour l’année 1960, alimente le
rêve le plus fou de la population du minuscule territoire
français de la corne de l’Afrique.
3) Les acteurs muets : le chef-lieu du Territoire et les
districts de l’intérieur
Dans la lutte pour l’indépendance, Djibouti-ville, le
chef-lieu de la Côte française des Somalis, joue un rôle
très important. C’est là où il y a la population lettrée,
qui compte sur le plan économique. L’administration
française dorlote cette population multi-ethnique. Les
Somali y sont majoritaires avec un pourcentage élevé de
ceux que l’administration française nomme les Somali
allogènes (Issaq et Gadaboursi).
Cette ville a une personnalité. Sa géographie correspond à
la « ville coloniale » décrite par Frantz Fanon dans « Les
damnés de la terre ». Elle a vu le jour sur un terrain
frontalier entre les nomades afar et issa vers 1887. De ce
fait, elle paraît étrangère aux autochtones. La langue
urbaine dominante est l’arabe. L’élite djiboutienne écoute
avec ferveur la radio égyptienne. D’où le nationalisme
arabo-musulman auquel les arabophones sont très sensibles.
L’arrière-pays comprend les autochtones afar et
somali-issa, vivant péniblement de l’élevage. Les uns et
les autres souffrent de la marginalisation. Sur le plan
politique, cette population, mal recensée, pauvre,
constitue une aubaine pour les Français.
Pour bien comprendre la trajectoire de Mahmud Harbi, il
faudrait rappeler sa culture et la structure sociale de la
société somali-issa, l’influence du nationalisme
arabo-musulman, la passion qui l’anime pour réveiller les
peuples somalis de la corne de l’Afrique.
4) Mahmud Harbi et l’administration française (1956-1960)
Son engagement dans la vie publique débute d’abord dans le
syndicalisme. Il est signalé au début des années cinquante
aux côtes des hommes qui vont l’accompagner jusqu’à sa
mort, notamment Ahmed Goummané et Abdourahman « Gabode ».
A partir de 1956, sa biographie devient plus touffue, plus
lisible. Il est vrai qu’en 1956, il remplace Hassan Gouled
au poste de député du Territoire. Cette ascension n’est
pas du goût des Gaullistes. Avant même de devenir
vice-président du Conseil de gouvernement, Mahmud Harbi
est critiqué, épinglé, surveillé par les services de
renseignements français. On ne fait pas confiance en lui.
Ses voyages au Yémen sont mal compris. Son caractère
hautain agace les administrateurs français. Il est décrit
comme un agitateur anti-français et partisan convaincu du
pan-somalisme.
5) La vice-présidence de Mahmoud Harbi (juillet 1957-
octobre 1958)
La Loi-Defferre (ou Loi cadre) est promulguée le 14 avril
1957 en CFS. Elle remplace le Conseil Représentatif et
donne une relative autonomie aux territoires d’outre-mer.
Mahmud Harbi, qui est déjà député du Territoire, saura
profiter des réformes et de sa notoriété pour s’imposer
face à son adversaire le plus coriace, Hassan Gouled
Aptidon. Les Gaullistes tentent de l’évincer. Jacques
Foccart fait le déplacement pour soutenir la liste de
Hassan Gouled/Mohamed Kamil. Le gouverneur du territoire,
René petitbon, est accusé de faire le jeu de la liste
Harbi/Coubèche/Bats. En tout cas, Mahmud Harbi a bénéficié
de l’appui d’une partie de l’administration française.
Parmi les autochtones, les rivalités entre Harbi et Gouled
s’exacerbent les rivalités et se déteignent sur les Issa
Fourlaba et Issa Mamassane, sur les Dalol et Abgal. Les
rivalités des partis politiques français influent
également sur les jeux politiques de la colonie.
Mahmud Harbi devient vice-président du Conseil de
gouvernement au mois de Juillet 1957. Il est élu par les
Conseillers de l’assemblée territoriale qui se
répartissent ainsi : Somalis (14 sièges), Afars (8
sièges), Européens (5 sièges), Arabes (3 sièges). Cette
répartition n’est pas anodine, elle abusera le vice
président du Conseil de gouvernement qui ne se rend pas
compte du caractère factice de la majorité accordée aux
Somalis au sein de l’Assemblée territoriale. Le
Gouvernement de la Côte française des Somalis (1957)
comprend alors René Petitbon: Chef du territoire et
Président du Conseil de gouvernement ; Mahmoud Harbi :
Vice-président du Conseil de gouvernement Député à
l'Assemblée nationale. On y trouve les ministres Saïd Ali
Coubèche, Ahmed Hassan Liban, Pierre Blin, Ibrahim Sultan,
Osman Ali Bahdon, Mohamed Ali Dini
6) Le référendum de 1958 et la stratégie de Mahmoud Harbi
Mahmud Harbi n’a pas du jour au lendemain devenu un
indépendantiste djiboutien. Le projet d’un référendum
émanait du général de Gaulle qui revient au pouvoir en
1956 précipite les choses.
En juin 1958, Mahmud Harbi déclare "sa dévotion et sa
loyauté personnelle à de Gaulle"[2].
Invité par le président Gamal Abdel-Nasser en décembre
1957 au Caire, il décline l'offre pour ne pas indisposer
ses amis métropolitains. Des rumeurs font état cependant
de son voyage en URSS. En juillet, Mahmoud Harbi évoque
pour la première fois la perspective de
l'autodétermination de la Côte des Somalis. Le 7 août
1958, Dans une lettre adressée au quotidien français, Le
Monde, Mahmoud Harbi écrit : « L'indépendance, que nous
demandons, ne veut pas dire divorce, ni sécession...
Notre choix à nous est déjà fait. C'est avec la France que
nous ferons bloc au sein d'une alliance fraternelle dont
nous fixerons les contours dès que nous aurons obtenu
l'indépendance... »
Les Français sont mécontents. Les Conseillers de
l’assemblée territoriale rejettent l’option proposée par
Harbi. Mais à cette date, il faut le souligner,
l’écrasante majorité des responsables africains, du
Sénégalais Senghor au Guinéen Sékou Touré, expriment leur
désir de demander l’indépendance de leurs territoires
respectifs.
En Côte française des Somalis, beaucoup des gens se sont
trompés sur le VPCG. Philippe Oberlé et Pierre Hugot,
ainsi que tous ses camarades, le soupçonnent d’avoir
changé subitement ses opinions. Ahmed Dini, que j’ai eu la
chance d’interroger, abondait dans ce sens. "Harbi,
soutenait-il, qui n'avait rien laissé filtrer de ses
intentions en faveur du "non" tant qu'il était à Paris, a
fait déclarer lors de son retour à Djibouti au pied de la
passerelle de l'avion, par sa fille âgée de cinq ou six
ans, qui l'accompagnait :’je dis non au référendum’."
Or le VPCG était habité par l’idée d’indépendance. Le seul
qui avait compris CELA est le Chef du territoire Maurice
Mécker. Entre autres, il fut témoin d’un fait troublant
lors du défilé du 14 juillet 1958 aux Champs Elysées. Un
soldat, d’origine algérienne, qui participe à la revue,
brandit le drapeau de son pays. Alors M. Harbi souffle à
l’oreille de son voisin, M. Méker : « Bientôt la même
chose à Djibouti … » M. Méker en parle aussitôt au
ministre de la France d’Outre-Mer, Bernard Cornut-Gentille.
Ce n’est pas le seul témoignage que nous avons. Le
Djiboutien se plaignait tout le temps de n’avoir pas assez
de subventions et de fonds pour mener les grands travaux
en CFS. Quant il broutait du khat, il se laissait sans
doute aller à quelques confidences involontaires…
Le 27 septembre, au cinéma Odéon, Mahmoud Harbi tient un
meeting en somali. Il y fait un discours incendiaire sur
la colonisation française. Tel qu’il est c’est un discours
d’anthologie (dont je n’ai pas encore trouvé l’original).
« La France est chez nous depuis 88 ans, elle n'a pas
fait pour nous un hôpital ...Sachez que la France qui
devant vous est grande, n'est que le dernier des pays de
ce monde » Il conclut : (...) Sachez que ce n'est pas moi
qui ai demandé l'indépendance à la France. (…) Moi, j'ai
choisi la liberté et je vous demande de voter ‘non’. (...)
Alors chers frères, pourquoi ne pas saisir l'occasion
unique ? Pourquoi ne pas prendre cette liberté qui nous
tombe du ciel ? »
La suite de l’histoire, vous le savez. Mahmoud Harbi est
battu au référendum de 1958 par les partisans du oui. Les
autorités locales l’empêchent de se présenter aux
élections suivantes. Alors il s’installe en Somalia, à
Mogadiscio. Condamné à 20 ans d’interdiction du territoire
par contumace. Le 21 septembre 1960, les agents des
renseignements français font exploser son avion au dessus
de la Méditerranée.
7) L’indépendance de Djibouti d’abord, la « Grande
Somalie » ensuite
Toutes les formations politiques (LPAI, MPL et UNI) sont
apparues ou sont devenues indépendantistes sur le tard, en
1975, sauf le FLCS. En dédramatisant l’indépendance de
Djibouti, Ahmed Dini et Hassan Gouled l’ont rendue
possible. Mais l’idée d’indépendance de la CFS nous le
devons à Mahmud Harbi. (Mohamed Kamil, ayant participé à
la conférence de Cotonou, désirait aussi l’indépendance,
mais nous ignorons tout de cet épisode).
Le vice-président fut le pionnier et le premier martyr de
l’indépendance de Djibouti. Ce fut une personnalité
complexe. Toutes ses déclarations, à partir de son
installation en Somalia, font l’éloge du peuple somali et
de sa libération. En tant vice-président de la Ligue de la
jeunesse somali, il fustige ses homologues somali qui n’en
font pas assez d’après lui.
Le contentieux entre Afar et Somali réside dans un fait
historique incontestable et une lecture biaisée des uns et
des autres. Avant 1975, parmi les Somalis, il n’y avait
aucun nationaliste djiboutien. On ne comptait que des
nationalistes somalis. Le nombre de martyrs et la
précocité du militantisme somalis sont justifiés par leur
rêve d’un rattachement futur de notre pays à la Somalie.
Cette idée peut froisser certaines personnes mais c’est la
vérité. Toutefois, le sacrifice de ces hommes ont
précipité et popularisé l’idée de la décolonisation du
Territoire français des Afars et des Issas (TFAI). Ils
sont morts à Djibouti-ville et pour notre pays.
Toutefois, les Somali de Djibouti ont tort de fustiger
l’absence des martyrs afar en se prévalant du nombre élevé
de leurs martyrs et indépendantistes morts sous les balles
coloniales. Ils oublient trop vite les martyrs afar, y
compris leurs sultans, morts ou persécutés de 1884 à 1944.
En conclusion, il convient de dire que la résistance à la
pénétration coloniale fut à majorité afar tandis que la
révolte citadine, de 1967 à 1975, fut à majorité somali et
urbaine. Le consensus national entre Afar, Arabes et
Somali, n’a duré que deux ans (1976 à 1977). Depuis cette
date, la république de Djibouti a renoué avec ses vieux
démons, avec les oripeaux des « nationalismes à la
somalienne ».
CONCLUSION
Mahmud Harbi défendait une conception de l’indépendance de
la Côte française des Somalis en deux étapes. D’abord, il
militait pour la décolonisation de la CFS. Ensuite, il
souhaitait que notre pays rejoigne une entité appelée la
« Grande Somalie ». Quelle image faut-il conserver de
Mahmud Harbi ? Celle d’un indépendantiste qui abandonne
l’argent et le pouvoir, afin de s’engager dans le chemin
ardu de la libération de son pays ? Ou celle d’un
pan-somaliste désireux avant tout de faire le bonheur des
Somali ? Les deux volets de son engagement sont
inséparables. Cependant, n’oublions pas que si les
Français ont tué Mahmud Harbi, ce fut parce qu’il militait
pour l’indépendance de Djibouti. Et puis, en 1958,
personne n’imaginait notre pays accédant à la souveraineté
internationale. Son avenir reposait sur le statu quo ou la
fusion à l’ensemble somali ou à l’empire éthiopien. Les
données économiques, les idéologies en vigueur, la réalité
régionale disqualifiaient d’autres options.
Les Afar reprochent à Mahmud Harbi de n’avoir pas été un
« nationaliste djiboutien » dès 1958. On lui reproche en
fait de n’avoir pas été prophète ou oracle. Le concernant
on est sûr d’une chose : alors que les autres Djiboutiens
dissimulaient leur aspiration à la Grande Somalie, lui
professait l’indépendance de Djibouti et le pan-somalisme.
Sa mémoire mériterait d’être mieux commémorée à Djibouti.
Elle demeure vivace en nous parce qu’il a été, avant tout,
le premier Djiboutien à sacrifier sa réussite matérielle,
sur l’autel de la liberté et de l’indépendance. Cela a de
quoi surprendre. Pour ma génération, du moins pour ceux
qui n’ont pas peur des mots et méprisent le culte de
l’argent, il constitue un modèle, un exemple, quand il
affirme, en 1959, « nous n’avons pas voulu des richesses
que l’on nous a offertes pour mieux nous dominer.
Je préfère garder de cet homme l’idéal qu’il a défendu,
l’idéal qui provoqué sa disparition précoce, plutôt que de
critiquer ses rêves.
(1) Idem, p. 104
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