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Dernières nouvelles - Édition en Ligne d'Octobre 2011
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Alliance
« La seule vraie politique est la
politique du vrai »
EDGAR
FAURE
Républicaine
pour
le Développement |
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Directeur
de publication : Mohamed Ali Abdou.
Codirecteur : Mahdi Ibrahim A. God. Email :
realite_djibouti@yahoo.fr
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JE SIGNE la pétition pour la libération des prisonniers
politiques de Djibouti
Les
dictateurs finissent mal, mon général
La mort de Kadhafi est un
exemple de la fin souvent tragique, de tous ceux qui
maintiennent leur peuple sous la dictature.

Mouammar Kadhafi couvert de sang, peu avant sa mort, 20
octobre 2011 (images amateur) © Reuters TV/Reuters
Mise à jour du 23 octobre 2011: La Libye entre
définitivement dans une ère nouvelle. Le Conseil national de
transition (CNT) a proclamé ce dimanche à Benghazi (la ville
où a démarré l'insurrection libyenne), une «Libye libre».
C'était devant plusieurs milliers de personnes.
A époque troublée, morts troublantes? Après
les révolutions relativement policées de
Tunisie
et d’Egypte,
il fallait que le printemps arabe en Afrique
du Nord ait sa victime expiatoire. C’est
désormais chose faite: le colonel
Mouammar Kadhafi
a payé de sa vie son obstination, et les
images de son cadavre ensanglanté et roué de
coups ne manqueront pas de devenir les
symboles de ces mois de guerre et de
violence.
Au-delà des
communiqués de victoire et des scènes
d’autocongratulation des grands de ce monde,
scènes au demeurant dérangeantes (après
tout, il n’y a pas si longtemps qu’ils
recevaient Kadhafi dans leurs palais), nous
ne pouvons nous empêcher de nous dire que la
dictature est, en fin de compte, un métier à
risque. Une réalité qui n’a pas attendu la
bataille de Syrte pour être confirmée.
La loi du
Talion
Sans remonter trop loin dans le passé
—l’Antiquité et le Moyen-Age ayant eu leur
lot de despotes plus ou moins sanglants
exécutés par leurs proches ou par une foule
en furie— on constate, en survolant
rapidement l’histoire récente, que nombreux
sont les hommes «à poigne», comme l’a dit
Barack Obama dans un
discours de menace
à peine voilé à l’adresse du président
syrien Bachar el-Assad, qui ne sont pas
morts paisiblement dans leur lit. Une
constante historique qui peut paraître
rassurante, dans la logique de «qui a vécu
par l’épée périra par l’épée». Comme dans
tout scénario hollywoodien qui se respecte,
le méchant finit par mordre la poussière, le
peuple brimé sort vainqueur de
l’affrontement et peut enfin œuvrer à faire
chanter les lendemains. Ou presque.
Depuis la chute du communisme, le monde a vu
sombrer plus d’un autocrate englouti par
l’ire de ses sujets. Le plus célèbre reste
peut-être le Roumain Nicolae Ceausescu. Son
visage défait, alors qu’il tentait de
galvaniser la foule dans un discours et
qu’il avait dû s’interrompre sous les huées,
est encore dans toutes les
mémoires
(VIDEO). Le dictateur roumain eut le triste
privilège d’être le premier dirigeant à
tomber presque en direct sous les caméras.
Abandonné, trahi et traqué par le cercle de
ses proches, il fut arrêté alors qu’il
tentait de fuir. Puis, à l’issue d’une
parodie de procès à la va-vite dans une
école de province, son épouse et lui furent
mitraillés à coups de fusils d’assaut.
Depuis, bien d’autres sont ainsi passés de
vie à trépas, le plus souvent sous nos yeux,
ou du moins sous ceux des médias. Zviad Gamsakhourdia,
premier président de la Géorgie
indépendante, despote fantasque pour les
uns, héros de la démocratie pour les autres,
fut chassé du pouvoir par une guerre civile.
Il mourut en 1993 dans des circonstances
troubles, pendant une échauffourée avec des
partisans de son adversaire, Edouard
Chevardnadze. S’est-il suicidé ou est-il
mort au combat? Aujourd’hui encore,
le doute plane.
De nombreux
cas en Afrique
Le continent africain n’a pas été épargnée.
Ainsi, en 1990,
Samuel Doe,
président autoritaire du Liberia, qui se
maintint au pouvoir par la violence pendant
près de dix ans, fut renversé par les
rebelles commandés par Charles Taylor. La
chute de Doe fut aussi sanglante que
spectaculaire, et il mourut torturé par des
rebelles. Son supplice, filmé par ses
tortionnaires, fut diffusé ensuite dans
toute l’Afrique. Quant à son vainqueur, il
est aujourd’hui jugé pour crimes contre
l’humanité, s’en tirant ainsi mieux que son
prédécesseur.
De tout temps, la
chute et la mort d’un chef de guerre
impitoyable ont eu valeur de conte moral,
même si la moralité n’a rien à voir dans une
telle affaire. Dans la vaste tragicomédie
qu’est l’histoire de l’humanité, il peut
paraître juste qu’un homme qui a gouverné
par le fer et par le feu meure sous les
coups de son peuple enfin libéré. Toutefois,
tous ne succombent pas de la sorte. Si Doe a
effectivement été exécuté par des Libériens,
et Ceausescu par des Roumains, pour en
neutraliser certains autres, il a fallu
l’intervention de forces extérieures. C’est
d’ailleurs dans cette catégorie qu’il faut
sans doute ranger le colonel Kadhafi et les
siens.
L’Afghanistan, en 1979, en est un parfait
exemple. Hafizullah Amin, président du pays
pendant 104 jours, voulut se détacher de
l’influence soviétique. Mal lui en prit: il
provoqua l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée
rouge. Le
27 décembre 1979, son palais, défendu par sa
garde, fut pris d’assaut par les spetsnaz,
les troupes d’élite soviétique. Ce fut un
carnage,
Hafizullah Amin étant abattu avec quelque
deux cents de ses soldats. Depuis, Kaboul a
vu passer et repasser des armées et des
clans, et en 1996, un autre ancien président
afghan,
Mohammed Najibullah,
fut assassiné dans des conditions atroces
par les talibans.
Les signes
avant-coureurs
Les périodes de troubles et de révolution
sont évidemment propices à ce genre de
conclusion sanglante. Il arrive aussi
parfois que le dictateur en poste commette
l’erreur de se lancer dans une guerre qui
finit par lui coûter le pouvoir. On a pu
croire que Saddam Hussein avait commis cette
erreur en envahissant le Koweït en 1990, et
Kadhafi lui-même avait déjà joué avec le feu
en intervenant au
Tchad
dans les années 80. Mais dans les deux cas,
les forces adverses avaient préféré ne pas
aller jusqu’au bout, pour des raisons tant
logistiques que pratiques: mieux valait
probablement un mal connu qu’un mal inconnu.
Les deux dictateurs restèrent peut-être en
place parce que leurs ennemis les
préféraient encore à leurs éventuels
remplacements du moment. Aujourd’hui, l’un
et l’autre sont morts, chacun dans des
circonstances peu reluisantes, et chacun
après intervention de forces armées
étrangères sur son territoire.
Parmi les
dictateurs qui virent leur monde s’écrouler
sur eux pour avoir voulu semer la terreur
chez leurs voisins, Adolf Hitler est
évidemment le plus connu. Nous ne
reviendrons pas sur sa fin ici. Il mourut
dans les conditions que l’on sait, se
suicidant dans son bunker tandis que sa
capitale en flammes était conquise de haute
lutte par les armées ennemies. Une
conclusion hautement symbolique, digne du
crépuscule des dieux dont rêvait le régime
nazi.
Francisco Solano Lopez, deuxième président
du Paraguay, est moins célèbre, mais son
destin n’en est pas moins édifiant (là
encore, les avis divergent: Lopez était un
dictateur pour certains, mais un héros pour
d’autres). En 1864, il provoqua le Brésil
dans une affaire concernant l’Uruguay. Lopez
soutenait un camp politique en Uruguay, le
Brésil en appuyant un autre. Souhaitant
envoyer des troupes à Montevideo, il exigea
de l’Argentine qu’elle laisse passer ses
forces. Quand Buenos Aires refusa, il lui
déclara la guerre, déclenchant du même coup
ce qui est resté dans l’histoire sous le nom
de
guerre de la Triple
alliance.
Le petit Paraguay se retrouva opposé au
Brésil, à l’Argentine et à l’Uruguay. Le
conflit dura jusqu’en 1870, et se termina
par la mort au combat du président Lopez. Le
Paraguay en sortit ruiné,
dépeuplé et diminué.
Kadhafi, un cas atypique
La fin de Kadhafi
semble un curieux mélange de toutes ces
possibilités. Assiégé dans son fief de
Syrte, entouré d’un dernier carré de
fidèles, il a résisté avec acharnement
jusqu’à ce qu’il
tente de s’enfuir
à bord d’un convoi. Les rebelles étaient en
train de lancer leur énième assaut final
contre la ville comme le souligne le
Telegraph
de Londres:
«Il semblerait
que des Tornado de la RAF aient été en
patrouille au-dessus de Syrte au moment de
la tentative d’évasion […].
Kadhafi avait été placé sous surveillance
par les forces de l’Otan depuis une semaine,
de nouveaux renseignements leur ayant permis
de le localiser. Un drone américain et une
flottille d’appareils de surveillance de
l’Otan se concentraient sur son bastion de
Syrte pour veiller à ce qu’il ne puisse
s’échapper.»
Le
20 octobre, vers 8 H 30, la ville étant sur
le point de tomber, Kadhafi et son entourage
auraient décidé de tenter le tout pour le
tout. Leur convoi, repéré par des drones
américains et français, aurait été
intercepté parce que «les forces de
l’ancien dirigeant libyen ont commencé à
tirer sur des civils». Jusqu’au bout, il
aura fallu accuser Kadhafi d’avoir cherché à
massacrer des civils sans défense. Dans une
ville en proie aux combats et au désordre,
un «convoi de cent véhicules»
s’efforce de se faufiler, pendant que le
ciel est sillonné de drones et d’appareils
de combat. Dans la confusion, bien malin qui
sait qui tirait sur qui. Il serait peut-être
plus honnête de reconnaître que l’Otan
savait que Kadhafi se trouvait à bord du
convoi, et qu’il fallait le stopper net pour
éviter qu’il ne rejoigne les Touaregs au
Sud.
Quoi qu’il en
soit, un «drone Predator, décollé de
Sicile et piloté par satellite depuis une
base près de Las Vegas, a frappé le convoi
avec plusieurs missiles antichars Hellfire.
Quelques instants plus tard, des avions
français, vraisemblablement des Rafales, ont
surgi et largué des bombes de 250 kilos
[…] sur les véhicules». En cela, le
sort de Kadhafi rappelle vaguement celui du
général paraguayen Lopez, abattu par des
forces étrangères (des soldats brésiliens)
en 1870. Puis les rebelles ont submergé les
vestiges du convoi, et le colonel,
semble-t-il blessé, a alors subi le même
destin sans gloire que Samuel Doe ou
Mohammed Najibullah. Exécuté sans pitié par
des soldats rebelles.
«Sic transit»,
est-on tenté d’ajouter en guise d’épitaphe.
Quant à savoir si sa mort signifiera
effectivement la fin de la guerre civile en
Libye, ce n’était pas le but de notre
chronique, mais nous craignons fort que
l’actualité ne nous donne l’occasion d’y
revenir d’ici peu.
Roman Rijka
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