Dernières nouvelles - Édition en Ligne de Septembre 2007

 Directeur de publication : Mohamed Ali Abdou.   Codirecteur : Mahdi Ibrahim A. God.   Email : realite_djibouti@yahoo.fr


S  o  m  m  a  i  r  e

18/09/2007 Disparition du chanteur compositeur Abdallah Abdoulkader Abass, dit Abdallah Leh

17/09/2007 LDDH : Note d'information du 17 septembre 2007 sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en république de Djibouti

04/09/2007 Un juge instruit une plainte pour "pression sur la justice"

02/09/2007 Borrel : Guelleh dans la mire

01/09/2007 Affaire Borrel: entre infamie, raison d’État et trahison


Disparition du chanteur compositeur Abdallah Abdoulkader Abass, dit Abdallah Leh

Ce mardi 18 septembre 2007 à 11 heures en France a rendu l'âme Abdallah Leh au CHU de Poitiers.

Que Dieu l'accueille en son paradis éternel. Amin

Abdallah Leh dimanche 5 août 2007 à Paris

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LDDH : Note d'information du 17 septembre 2007 sur la situation des défenseurs des droits de l'homme en république de Djibouti

Le Président

NOTE D’INFORMATION

DU 17 SEPTEMBRE 2007

Sur la situation des Défenseurs des Droits de l’Homme en  République de Djibouti.

« La vérité et le témoignage sont les premiers et pire ennemis de la Mafia et du Gangstérisme d’État » Nouvel adage

Note préliminaire.

Cette note est établie pour mémoire après le fructueux Atelier dans les locaux du Parlement Européen le 13/09/2007 organisé par l’Observatoire des Défenseurs des Droits de l’Homme avec un certain nombre de Parlementaires de l’UE-ACP et la participation active d’autres Défenseurs des Droits de l’Homme tels que Frontline.

Cet Atelier a essentiellement porté sur la situation des Défenseurs des Droits de l’Homme particulièrement en Afrique.

Après les présentations faites par M. John BOWIS Vice-Chairman of the Delegation to the ACP-EU joint Parliamentary Assembly, il a ouvert l’Atelier avec une rapide et intéressante intervention avant de passer la parole à Madame Catherine FRANCOIS programme Director of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders (FIDH-OMCT) at FIDH, qui a dressé une analyse de la situation des Défenseurs des Droits de l’Homme dans les régions des ACP.

Trois autres Défenseurs ont pris successivement la parole, il s’agit de :

- M. NOEL A. Jean-Paul de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) ;

- M. Paul NSADPU Président de la Ligue des Electeurs (RDC) ;

- M. Yannick GBIGGAH du Togo.

Un certain nombre de recommandations ont été faites après les éclaircissements des intervenants sur la situation d’harcèlements, de persécutions à l’égard des Défenseurs des Droits de l’Homme, des Syndicats Défenseurs des Droits Économiques et Sociaux et en premières lignes des Journalistes Défenseurs des Droits de l’Homme dans le cadre de la Formation par l’Information.

Ces recommandations ont été bien accueillies par les parlementaires présents et certaines actions pour la coordination et le suivi seront soumises aux instances parlementaires spécialisées.

Dans le cadre de la protection des Défenseurs des Droits de l’Homme des actions conjointes ACP-UE s’avèrent nécessaires, d’autant plus que les Parlementaires ont pour priorité la Défense des Droits Fondamentaux.

Cette note d’information a pour objectif de reprendre quelques points de la brève intervention du Défenseur de Djibouti lors de l’Atelier.

Elle a aussi pour objectif de renforcer la volonté de transparence de notre organisation à chaque fois que des contacts internationaux se déroulent.

Cette transparence rentre dans le cadre de l’Information, base même de la formation, l’un des principaux points de notre combat.     

L’ensemble de la brève intervention a surtout porté sur ces points :

- Création de la LDDH et les objectifs prioritaires ;

- Harcèlements, menaces, intimidations, toutes les campagnes de dénigrements, les arrestations et les Condamnations Arbitraires ;

- Aperçu sur la situation politique et financière ;

- Survol de nos pays voisins de la Corne d’Afrique.

……………………………………………………………………………………

Création et objectifs prioritaires.

La LDDH a vu le jour le 9 mai 1999 le jour de l’intronisation du Chef de l’Etat. Heureux hasard, car les hommes politiques du Parti au Pouvoir étaient focalisés par la création du nouveau gouvernement.

Néanmoins, ce n’est que quatre ans après que nous avons eu officiellement le « Récépissé du Ministre de l’Intérieur ».

Les objectifs prioritaires de la LDDH dès le 15 mai 1999 se sont axés sur :

- les lancements de  signaux d’Alertes durant le conflit armé qui avait débuté pratiquement dix ans avant notre création

- la dénonciation par des communiqués ou des notes d’information des exactions physiques à l’encontre des populations civiles du Nord et du Sud-Ouest de notre Pays, notamment :

a) les exécutions extrajudiciaires ;

b) les blocus alimentaires et sanitaires ;

c) les arrestations doublées parfois de disparitions forcées en général temporaires.

Nous avons aussi, dès le début et à chaque fois, dénoncé les différents harcèlements à l’encontre des Syndicalistes, des journalistes, mais aussi de certains Hommes Politiques de l’Opposition soumis aux harcèlements voir même à des arrestations Arbitraires. 

Actuellement, et depuis la signature des Accords de Paix du 12 mai 2001, le conflit armé a cessé, mais malheureusement la majorité des clauses de cet Accord signé entre : d’une part, par le Frud-armé et d’autre part, par le Gouvernement djiboutien, restent « lettre morte ».

Il est franchement regrettable que l’Union Européenne (UE), qui avait activement participé et surtout cautionné la signature de cet Accord de Paix de 2001, reste aujourd’hui, magistralement muette sur le refus par la partie gouvernementale d’appliquer dans son intégralité cet Accord de Paix.

Dans le cadre de la Prévention des conflits :

- il est de notre devoir à dénoncer l’entêtement du Gouvernement qui se positionne dans un refus dangereux ;

- tout comme, il est de notre devoir de demander et d’encourager tous les responsables politiques Djiboutiens - avec notre réelle appréciation du respect des engagements pris par les membres du FRUD-armé transformé en ARD parti politique légal dès la signature des Accords de Paix de 2001 – à éviter les possibilités de reprises des armes. 

Précision : L’ARD, Parti Politique de l’Opposition ne cesse de dénoncer, sans briser ses engagements, la non application de plusieurs clauses des Accords de paix du 12 mai 2001 signés avec la partie État du Gouvernement djiboutien

CONCERNANT LES SYNDICATS.

La situation actuelle des Syndicats Libres est catastrophique suite aux répressions en cascades qui continuent encore.

Les répressions de 1995 à l’encontre du Corps des Enseignants touchent aujourd’hui le secteur parapublic comme la Poste et les Télécommunications ainsi que le secteur privé avec les licenciements en masse et les emprisonnements abusifs de fin 2005 dont les Travailleurs (ses) du Port de Djibouti sous administration privé de Dubaï Authority Port sont les premières victimes.

Les rapports de la Mission de la FIDH ainsi que celles du BIT sont franchement sans ambiguïté sur le sort réservé aux défenseurs des droits économiques et Sociaux et à travers eux l’ensemble des travailleurs (ses) djiboutiens (nes).

Quant aux Accords et Résolutions signés par la partie Etat – la République de Djibouti – avec le BIT sont en grande partie inappliqués et restent «lettre morte ».

Des plaintes internationales verront bientôt le jour et la LDDH, d’ores et déjà, témoigne sa parfaite solidarité avec l’ensemble des travailleurs (ses) djiboutiens (nes)  ainsi qu’avec les membres des Syndicats libres et indépendants.

CONCERNANT LES JOURNALISTES.

Les harcèlements et les arrestations Arbitraires des Journalistes et de leurs collaborateurs de la Presse écrite libre ont eu pour résultat la disparition, depuis avril 2007, de toute Presse Libre en République de Djibouti.

L’inexistence d’une Radio Libre par le blocage et/ou le refus du Chef du gouvernement de publier le Décret d’application de la Loi de 1992 sur la « liberté » de  communication, maintiennent encore le musellement de l’Information Contradictoire, créant ainsi un déséquilibre particulièrement néfaste lors des élections nationales apparemment « régulières » tant dans le rythme que dans les fraudes et les détournements électoraux.

Ce blocage sur l’ouverture de Radios Libres, les harcèlements et les arrestations abusives des journalistes ne peuvent que confirmer encore la volonté d’une Dictature foncièrement sournoise à se maintenir encore et toujours par la force et la peur et aussi par la continuité des élections mascarades.

Les répressions constantes, inadmissibles et insupportables des travailleurs (ses) Djiboutiens(nes) ne peuvent que démontrer la volonté politique de persister dans les détournements des Deniers Publics et des biens sociaux.

Dans ce domaine, il est temps aux gouvernants de considérer les centrales syndicales libres comme des partenaires sociaux à part entière.

Sur les associations : d’une manière générale les associations indépendantes et libres représentent « une goutte d’eau dans un océan » face aux associations maison.

Les développements des actions futures feront l’objet d’autres diffusions par thèmes.

Concernant la Région :

L’accent a été mis sur la situation des Journalistes dans les pays voisins et frères qui est très très inquiétante et alarmante.

Quant aux Journalistes Somalis ils sont régulièrement assassinés depuis l’invasion du Sud de la Somalie, début janvier 2007, afin de mettre fin aux témoignages sur le génocide, les crimes de guerre perpétrés par les forces armées éthiopiennes en Somalie voisine.

M. NOEL ABDI Jean-Paul

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Un juge instruit une plainte pour "pression sur la justice"

NouvelObs 4/09/2007

Une juge parisienne va instruire, contre l'avis du parquet, une plainte pour "pression sur la justice", déposée à l'encontre de l'ex-dirigeant de la cellule Afrique de l'Élysée, Michel de Bonnecorse.

Emmanuelle Ducos, magistrate parisienne, va instruire, contre l'avis du parquet, une plainte pour "pression sur la justice" en marge de l'affaire Borrel à l'encontre l'ex-dirigeant de la cellule Afrique de l'Elysée, Michel de Bonnecorse, a-t-on appris mardi de source proche du dossier.
Cette plainte avec constitution de partie civile avait été déposée le 25 juin par Elisabeth Borrel, veuve du juge Bernard Borrel assassiné en 1995 à Djibouti dans des circonstances non élucidées.
La plainte vise une déclaration de Michel. de Bonnecorse au journal Jeune Afrique (29 avril-5 mai 2007) dans lequel il avait déclaré : "contrairement à ceux qui préjugent de l'assassinat de Bernard Borrel sur ordre des autorités djiboutiennes, je préjuge, moi, qu'il s'est suicidé".

"Opinion personnelle"

"Les propos de Michel de Bonnecorse ne tendaient qu'à exprimer une opinion personnelle et pas à influencer des décisions de justice", a estimé le 2 août le parquet de Paris en requérant un refus d'informer.

la juge Emmanuel Ducos a écrit dans une ordonnance rendue lundi justifiant la nécessité d'instruire la plainte.

"Force est de constater que les propos de M. de Bonnecorse (...) peuvent constituer l'élément matériel du délit".

Les domiciles parisien et provençal de Michel de Bonnecorse avaient été perquisitionnés mi-juillet par deux autres juges en charge d'une autre information judiciaire pour "pression sur la justice" ouverte à la suite d'une première plainte de Mme Borrel contre l'ex-porte-parole du Quai d'Orsay, Hervé Ladsous.

L'enquête française a privilégié dans un premier temps la thèse du suicide avant de retenir celle d'un meurtre après de nouvelles expertises. Le procureur de la République de Paris a officiellement confirmé le 19 juin l'origine criminelle de la mort du juge.

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Borrel : Guelleh dans la mire

Le Journal du Dimanche, Par Grégory BLACHIER 02/09/07

Deux proches du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh ont été renvoyés en correctionnelle par la justice française, dans le cadre de l'enquête pour "subornation de témoin" dans l'affaire Borrel. Les convocations du procureur général de Djibouti et du chef des services secrets confortent la veuve de Bernard Borrel, qui accuse Guelleh d'avoir commandité l'assassinat de son époux.

Une première victoire judiciaire": Mardi, l'avocat d'Elisabeth Borrel, veuve du magistrat français Bernard Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 à Djibouti, s'est félicité du renvoi en justice de deux personnalités de premier plan. Par ordonnance du 20 août, le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman Ali, et le chef des services secrets, Hassan Saïd Khaireh, ont été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Versailles, dans le cadre de l'enquête pour "subornation de témoin" parallèle à celle qui vise à déterminer les causes et les responsabilités dans la mort du juge.

Le dossier instruit à Versailles concerne des tentatives de pression sur un témoin, Mohamed Saleh Alhoumekani, qui dit avoir entendu, dans la nuit du 19 au 20 octobre 1995, à une conversation sur l'élimination d'un "juge fouineur". Selon lui, plusieurs officiels, dont Ismaël Omar Guelleh, participaient à cette discussion dans les jardins du palais présidentiel. Le procureur général et le chef des services secrets auraient essayé de pousser le témoin à revenir sur ses déclarations.

Convoqués en 2005 par le juge d'instruction, ils avaient refusé de venir s'exprimer. Il en sera de même cette fois, puisque leur avocat, Me Francis Szpiner, a annoncé dans la journée qu'ils ne répondraient pas à la convocation. "Bien entendu, ni le procureur général, ni le conseiller à la sécurité nationale ne déféreront à cette convocation, parce qu'ils ont expliqué que la coopération judiciaire entre les deux pays étant suspendue, ils ne recevront pas l'autorisation de se rendre", a-t-il dit sur France Infos, parlant à propos du comportement français de "condescendance".

Les deux mis en cause seront donc jugés en leur absence.

"La justice française pointe la responsabilité du président" Guelleh

Aujourd'hui, les deux hommes font donc l'objet de mandats d'arrêt internationaux, valant mise en examen. Et l'ordonnance présente d'autant plus de valeur aux yeux d'Elisabeth Borrel et de son avocat qu'ils sont des proches du président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, accusé par la veuve du magistrat d'avoir commandité l'assassinat de son époux. "Ce qui constitue une première victoire judiciaire pour Mme Borrel, c'est que derrière le renvoi de ces dignitaires djiboutiens proches du pouvoir, la justice française pointe du doigt la responsabilité de l'actuel président de la République de Djibouti", a ainsi commenté Me Olivier Morice.

Après avoir obtenu, sur la foi des témoignages des experts légistes, que la thèse de l'assassinat soit privilégiée, plutôt que celle du suicide, la veuve Borrel et son représentant espèrent donc mettre en lumière la manipulation politique qui est, selon eux, à l'origine de la mort de Bernard Borrel. En juillet dernier, un responsable militaire a déclaré devant la juge Sophie Clément, chargée de l'enquête sur les faits proprement dits, que le juge Borrel, officiellement coopérant français et conseiller technique chargé de refonder le code pénal, enquêtait sur des "trafics" présumés auxquels se livrait Guelleh, alors chef de cabinet du président. Ces investigations étaient menées, selon le militaire, à la demande du ministre de la Justice, lequel sera arrêté peu après la mort du juge.

Le dossier est émaillé d'autres manipulations présumées qui alimentent la position de Mme Borrel. Ainsi les deux juges qui enquêtent sur les contours de l'affaire ont-elles perquisitionné, en juillet, le domicile de Michel de Bonnecorse, ancien M. Afrique de l'Elysée.

Elles cherchent à établir si le pouvoir politique français a exercé des pressions sur la juge Sophie Clément pour que le dossier d'instruction soit transmis aux autorités de Djibouti, ce que la magistrate avait toujours refusé. Avec la mise en examen du procureur de Djibouti, ces éléments accréditent la version des Borrel, celle d'un assassinat politique.

Le président Guelleh, lui, continue de nier toute implication dans la mort de Bernard Borrel.

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Affaire Borrel: entre infamie, raison d’État et trahison

RU 489 Par Jean de Maillard (Magistrat) 14/06/2007

Il aura fallu tout l’acharnement d’une femme seule contre toutes les instances de l’Etat pour faire apparaître au grand jour ce qu’aujourd’hui on ne peut plus cacher: l’assassinat à Djibouti de son mari, le juge Borrel, a donné lieu aux pires infamies qu’on puisse imaginer.

Dans une démocratie, assassiner un juge devrait au moins être un crime suprême, surtout quand c’est un crime d’Etat. Parce qu’on attente aux fondements de l’ordre social, sans lequel l’humanité sombre dans la négation d’elle-même. Or qu’a-t-on vu dès la mort du juge? La police –française, je précise– acharnée à maquiller le crime en suicide, et une justice –française encore, j’en ai honte– obstinée à falsifier l’enquête, le tout sur fond de rumeurs odieuses visant à discréditer la victime. Triste République! Il a fallu un sursaut de la Cour de cassation pour dessaisir les juges, confiant à d’autres le soin de rendre au moins sa dignité au mot "justice".

Il aura fallu aussi que ces nouveaux juges se battent contre l’Etat français lui-même, à ses plus hauts niveaux, pour tenter d’arracher des fragments de vérité à la raison d’Etat. En pleine campagne électorale, quelques jours avant la fin du mandat de M. Chirac, un juge d’instruction s’est vu encore interdire une perquisition par le pouvoir, tandis que les broyeuses de l’Elysée devaient tourner à plein régime. Heureusement, même les crimes d’Etat ne sont pas parfaits.

Avec une main plus heureuse, les juges d’instruction ont trouvé au ministère de la Justice –on croit rêver– et au ministère des Affaires étrangères –on est pantois– la preuve que non seulement l’affaire Borrel était une affaire d’Etat (on le savait déjà), non seulement que les plus hautes instances de la République avaient conspiré pour empêcher la justice de passer –on en avait déjà eu la preuve–, mais que la raison d’Etat s’était muée en trahison.

Le juriste que je suis a toujours le réflexe d’aller consulter les codes, même si ce n’est pas son premier geste. L’article 411-5 du Code pénal punit de dix ans de prison "le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère (...) lorsqu’il est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation". La mort d’un juge français, assassiné en fonction par une puissance étrangère, porte-t-elle oui ou non atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation? S’entendre avec une puissance étrangère pour faire condamner son pays par la Cour internationale de justice, à seule fin de contourner la décision d’un juge qui veut protéger son enquête, est-il oui ou non un acte de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation?

La nausée qui prend le simple citoyen que je suis n’empêche pas que je m’interroge. La raison d’Etat, aussi vieille que la politique, est aussi l’une de ses nécessités. J’en conviens. Mais la question, de nos jours, est de savoir si la raison d’Etat doit comporter des limites et si on peut lui imposer au moins certaines règles. Ne serait-ce que celles qui préservent la République et la démocratie d’indignités pires encore que celles que la raison d’Etat doit laisser à jamais cachées. Dans l’affaire djiboutienne, on connaît les enjeux: dernière base militaire française en Afrique, le Président voyou de ce pays fait payer cher à la France, en espèces sonnantes et trébuchantes, le chantage d’aller se vendre plutôt aux Américains.

Mais si Paris valait bien une messe, Djibouti vaut-il l’enfer? Puisqu’il faut être cynique en ce domaine, plutôt que de cajoler un personnage sanguinaire et corrompu dont la fidélité à la France est le pari le moins sûr, n’existe-t-il pas d’autres procédés pour parvenir à un résultat moins déshonorant?

Une démocratie digne de ce nom devrait aujourd’hui s’interroger sur ce que doit être encore la raison d’Etat. Doit-elle avoir des limites? Doit-elle rester le choix que fait un seul homme dans le secret de sa conscience? Qu’est-ce qui nous garantit que l’intérêt du pays soit seul à dicter ses choix? Comment prémunir une Nation des compromissions que des hommes, oublieux des devoirs de leur charge, osent commettre en son nom? Il n’y a de pas réponse simple, ni facile. Les errements de notre République montrent pourtant qu’il serait temps d’y réfléchir, si nous ne voulons pas y perdre définitivement notre âme.

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